Je n'aime pas ne pas aimer un premier roman, surtout d'un(e) inconnu(e), envoyé par la poste (tout ce que j'aime <3) et j'avais très envie d'aimer celui-ci avec son titre tellement parfait, son sujet, la rareté aussi, d'avoir des livres qui parlent couple de femmes par des femmes qui savent de quoi elles parlent, mais je n'ai pas réussi, et ai hésité un moment à juste exprimer mon avis. De sorte que je voudrais tout de suite évacuer l'aspect ultra subjectif et personnel de la critique : je ne suis pas la cible de "Ça raconte Sarah", et ce malgré des expériences de vie résonnant avec plus d'une décrite dans ce livre. Il aurait pu me parler en tant que personne mais m'a hélas laissée froide en tant que lectrice qui n'aime pas Duras (ça ne lui enlève rien de son talent) qui n'aime pas non plus, à de rarissimes exceptions, voir l'auteur penché sur son traitement de texte et préfère de loin oublier qu'il y a eu processus d'écriture, être dans le livre plutôt qu'au dessus.
Peut-être suis-je également trop éloignée du mode de fonctionnement de Narratrice, si le sujet de la passion est fascinant, si ses affres sont d'ailleurs très bien rendus (en première moitié du livre) reste que ce sentiment de passivité du personnage (quitte-t-elle au fond jamais cette phase de latence si bien décrite ?), qui préfère, et ce dès le début, se changer en double de l'Autre, se faire Sarah elle-même presque, et de taire ce qui lui fait mal plutôt que de risque de la perdre, plutôt que de juste parler, m'a épuisée moralement, de même que sa réaction en seconde partie est si éloignée de ce que je ferais moi même que l'empathie n'est pas venue.
Cet aveu fait, reste quand même une impression objective d'un éditeur tombant un peu dans le piège du "premier-roman-de-jeune-prodige" (la promotion du livre y fait d'ailleurs un peu songer) et ne touche en conséquence pas une ligne du manuscrit magique, privant le résultat final d'un regard externe, d'une relecture critique qui précéderait celle du lecteur, et de la phase "kill your darlings", douloureuse pour l'auteur mais qui fait de bons premiers jets de bons livres in fine. Or si le style très maniéré et la structure ultra rapide de "Ça raconte Sarah" servent le propos, reste que les nombreuses scories finissent par sortir le lecteur de la narration : les descriptions wikipedia (quand même dommage pour une écriture aussi à vif de vous rappeler tout un coup l'apathie Houellebecquienne), inutiles, les répétitions, ici de pensées sur Sarah, d'adjectifs, de scènes entières presque, là de structure de la pensée ou de structure de la narration, pour un effet qui finit par devenir proprement agaçant (la 2de partie, qui multiplie les "Je me souviens de ça" et les "il faut que je me rappelle" pour n'aboutir à aucun travail sur les souvenirs ou la reconstitution des événements, aurait vraiment gagné à être épurée).
Au delà de la forme, le fond questionne ici : pourquoi ce texte, pour partager quoi au final ? Car le roman a cette particularité de relever de l'ultra intime, de rester collés aux sentiments, aux états d'âme et au vécu de Narratrice, tout est écrit sous la peau, tout en racontant quelque chose de si universel, de si souvent traité par ailleurs qu'au final, le texte ne dit pas, en ce qui me concerne, de choses nouvelles sur la passion, la perte de soi dans l'autre, le deuil, ne dit en somme pas de choses de l'expérience humaine qui n'aient été lues ailleurs.
Que reste-t-il alors de la matière ? La pure expérience littéraire, le style, les mots, la façon dont l'auteur use du langage, en somme.
Pas de chance pour moi, je n'aime toujours pas Duras, et j'ai de la même façon, été trop vite agacée plus que portée par la plume de Pauline Delabroy-Allard.
Mais comme pour Duras, ça ne lui enlève rien de son talent.