Sur la rivière Rouge il y a eu du flottage jusqu’en 1970. Une nuit à La Macaza on l’a vu danser au-dessus des troncs morts un flambeau dans chaque main, il n’avait pas vingt ans, un costaud tout en noir descendant le courant son talit sur la tête dans la lumière de la lune et des flambeaux; il dansait sur les billots de la drave la tête couverte de son châle de prière, tout le monde l’a vu. Plusieurs prétendent l’avoir connu; ce ne sont pas les mêmes qui l’ont vu danser. On ne sait pas si celui qu’on cherche est celui qu’on trouve au fil des souvenirs que chacun raconte et dont ce livre recueille les voix, les raccroche l’une à l’autre. De La Macaza à la rivière Mégiscane, on s’enfonce dans la forêt abitibienne où les légendes ressemblent à des histoires de pêche et où personne ne s’étonne de croiser le prophète Élie parlant l’algonquin.
Aujourd’hui, je vous présente un roman bien invitant. Au cœur du récit, un personnage évanescent, dont le lecteur n’a que les contours flous que la narratrice lui laisse deviner. Celle-ci même ne le connait pas, n’en connait que ce que tous ses interlocuteurs en disent. Et ils racontent tous des histoires différentes… Donc qui est-il? Le roman nous entraine dans sa danse comme dans une légende. Et en même temps, on en apprend sur l’histoire de la région de l’Abitibi et des différentes communautés qui l’ont peuplée. Définitivement une belle œuvre!
J’ai somme toute apprécié cette œuvre qui nous amène visiter les profondeurs abitibiennes, mais la lecture est très ardue, surtout dans le premier chapitre. Le récit est plus circulaire que linéaire et la narratrice nous livre ses propos comme elle les réfléchit, avec beaucoup de répétition et peu de ponctuation. Malgré la longueur du livre, on le termine un peu sur notre faim car le récit avance peu au fil des pages. Je serais curieuse de lire d’autres œuvres de cette autrice.