Il m’arrive souvent d’avoir le présentiment que quelque chose est arrivé à mon adorable petit chien. Par exemple, le mois dernier, une amie s’est proposée pour lui offrir une balade. Tandis que les deux se promenaient, un horrible présentiment s’est emparé de moi : un gros chien féroce allait s’en prendre à mon compagnon, le blessant gravement, voire pire… Puis, ils sont rentré.e.s chez moi, le canin de mon cœur tout pimpant! Suis-je brisé? La synchronicité de Jung me rejette-t-elle? Ne suis-je donc pas digne du paranormal? (Pour cette amie, c’est différent : quelques mois avant l’éclosion de la Covid-19, elle a fait un rêve où elle entrait dans un hôpital bondé de monde, vous comprenez? Quelle prémonition renversante!)
Or, ce matin, accablé par ces tristes pensées, la synchronicité m’a enfin souri — et de toutes ses dents quantiques, si je peux me permettre, M. Pauli. Dans ma cour arrière bondissait un lapin sauvage. Et vous savez quel jour nous sommes ? Le 20 avril 2025. Pâques! J’ai vraiment vu un LAPIN sur mon terrain, le jour de PÂQUES. Réalisez-vous toute la signification que recèle cette expérience?!
Si vous êtes incrédules, je vous confirme que je suis scientifique, un vrai empiriste, un dur de dur même. J’ai vu le lapin de mes propres yeux. Et qui pourrait nier que c’était Pâques? De plus, je n’étais pas seul! Vous pouvez vérifier auprès de mon chien : il a vu le lapin, lui aussi. Mais rassurez-vous : il n’a pas réussi à l’attraper — Jung soit loué!
Cette expérience m’emplit de béatitude et injecte dans ma vie un sens nouveau.
***
Toutefois, après avoir lu votre texte, M. Lenoir, je dois confesser demeurer perplexe.
Durant mes années d’études universitaires en sciences cognitives, qui incluaient bien sûr des cours de psychologie, je n’ai pas souvenir d’avoir entendu sérieusement parler de Jung, mis à part lors d’occasionnels survols historiques de la psychologie. N’est-ce pas étrange?
De plus, j’ai été contraint de suivre des cours occultes de méthodologie scientifique et de statistiques, vous rendez-vous compte? Si je n’avais pas réussi à passer ces cours sans avoir besoin d’en saisir tant la pertinence que le contenu, je crains que j’aurais pu sombrer, tel M. Leblanc, l’un de nos professeur.e.s de statistiques, dans un malheureux rejet des notions pseudoscientifiques.
Une fois, M. Leblanc a même eu le toupet d’affirmer qu’en soumettant certains de ses travaux, Jung aurait échoué son cours!
***
Je donne 4 ÉTOILES à la première partie de l’ouvrage. L’exploration biographique était limpide, bien écrite et captivante.
Je donne 3 ÉTOILES à la seconde partie, où M. Lenoir se consacre à l’exposition des grandes idées et concepts de Jung. J’avoue volontiers ne pas avoir tout suivi. Mais je ne saurais dire si la confusion du propos est imputable à M. Lenoir ou à Jung. (Ou encore, que la confusion résultait de ma paresse.) J’ai globalement apprécié le travail de vulgarisation de M. Lenoir.
Cependant, je me demandais pourquoi il n’informait pas son public de l’état actuel de la psychologie pour situer les idées de Jung. Pourquoi ne pas avoir indiqué quels concepts étaient obsolètes, invalidés, réinterprétés, valorisés, etc.? Une somme importante de son œuvre consiste en des échafaudages d’idées créatives métamorphosés en théories dépourvues de support empirique digne de ce nom. Certes, certaines théories de Jung ont du mérite et certaines de ses observations perspicaces peuvent servir d’aiguillage. Mais énormément relèvent de la foutaise et sont largement rejetées par les sciences de l’esprit. Je juge donc M. Lenoir fautif à cet égard, en laissant croire (par omission) à son public que les thèses jungiennes étaient et sont toujours valides et pertinentes. Certaines le sont (utilité variable sur le plan clinique), beaucoup ne le sont pas.
La conclusion du livre, à laquelle je donne 1 ÉTOILE, vient graver cette faute dans la pierre. M. Lenoir mélange habilement — mais malhonnêtement — neurosciences et physique quantique pour draper de (pseudo-)crédibilité les idées de Jung.
Cela, M. Lenoir, c’est franchement honteux. C’est de la très mauvaise philosophie. Aussi, je vous qualifie volontiers, dans le cadre de cet ouvrage, de vulgarisateur… vulgaire.
Pour clore dans une déclaration à saveur biblique : Je vous jette l’OPPROBRE, M. Lenoir!
[AJOUT du 24 avril 2025]
Précision :
Je salue l’entreprise visant à pallier la crise de sens que nous traversons en Occident — et ailleurs. C’est un problème majeur, auquel il est impératif de réfléchir sérieusement. Le reproche que j’adresse à Frédéric Lenoir dans cet ouvrage, est qu’il utilise sa tribune pour promouvoir une piste de solution chimérique, et incite implicitement son lectorat à l’emprunter pour répondre à cette quête de sens. Par analogie, c’est comme s’il attirait notre attention sur une procédure médicale censée traiter le cancer, mais qui n’a jamais reçu la moindre validation expérimentale — même à l’époque de sa conception. Peut-être cette procédure était-elle extraordinairement créative, originale, exigeant un esprit profond pour son élaboration; il n’en reste pas moins qu’elle constitue une piètre ressource pour soigner le cancer.
Limite de l’analogie :
Contrairement à un remède médical, un remède existentiel n’a pas besoin d’être “vrai” pour fonctionner : il suffit qu’on y croie. Le remède médical inefficace peut bénéficier d’un effet placebo, de force variable, mais cet effet finit généralement par plier devant la réalité physique de la maladie. Dans le cas d’un remède existentiel, il en va autrement. Alors, si vous êtes à l’aise avec une idées dépourvues de fondement scientifique mais pouvant tout de même contribuer au développement personnel et à la quête de sens, la pensée de Jung, telle que présentée par Lenoir, pourrait tout à fait vous convenir — et je dis cela en tout sérieux.