Court mais puissant, cette première lecture de Michel Tremblay m'a sidérée et surtout donné envie d'en lire plus. La comparaison avec Zola s'impose avec une telle force que je me demande si elle n'est pas un peu facile (une recherche rapide montre une ambition de mémoire bien plus personnelle que celle de Zola, avec une visée sociale sans doute plus modeste): documentation de la langue parlée "réelle", personnages puissants et réalistes, écriture sans pudeur ni sordide, je n'ai qu'une envie, m'attaquer à toute l'œuvre du romancier.
Pour ce qui est de ce roman, c'est une introduction dans un monde de femmes qui rappelle la condition défavorisée qui était la notre il y a si peu de temps -- et retrace deux itinéraires symboliques, celui d’une mère et sa fille d’un milieu très modeste, fuyant leur condition pour mieux y retomber... mais leur lutte change, au fond, bien plus que ce qu’elles peuvent percevoir. Ce voyage dans un féminisme inarticulé, celui des petites gens et de la culture populaire, est passionnant en ce que l’auteur ne tire pas pour ses personnages les conclusions auxquelles seraient bien incapables de parvenir, mais nous fait ressentir l’expérience émotionnelle qu’elles traversent. Une perle!