Les révolutionnaires français ne se contentèrent pas de guillotiner le roi, de prendre la Bastille et de raccourcir bonne quantité d’aristocrates : ils renversèrent aussi le calendrier, créant douze nouveaux mois dont les noms étaient censés évoquer les divers moments de l’année : Vendémiaire, Pluviôse, Germinal…
Ce qu’on sait moins, c’est qu’ils en chassèrent aussi tous les saints qui leur rappelaient trop l’Ancien Régime, pour placer chaque jour de l’année sous les auspices d’une plante, d’un animal ou d’un outil censés incarner et exalter les vertus républicaines.
Le calendrier révolutionnaire utilisé de 1793 à 1806 semble ainsi procéder à la fois de l’herbier, du bestiaire et de l’encyclopédie.
Deux siècles plus tard, une paire de citoyens curieux, Dominique Fortier et Nicolas Dickner, ont chargé un certain Reginald Jeeves, ingénieux majordome informatique, de leur envoyer quotidiennement le mot du jour qu’ils revisiteraient jusqu’à combler les cases du calendrier.
Truffé de petites et de grandes révélations, Révolutions est une entreprise littéraire sans précédent qui décapite joyeusement les idées reçues.
Tirage limité à 1793 exemplaires pour la 1ère édition. Tirage limité à 1806 exemplaires pour la 2e édition, à paraître en novembre 2021.
Nicolas Dickner est né à Rivière-du-Loup, a voyagé en Amérique latine et en Europe avant de jeter l’ancre à Québec puis à Montréal, où il vit aujourd’hui avec sa famille. Il signe en 2005 Nikolski, qui remporte le Prix des libraires du Québec, le Prix littéraire des collégiens ainsi que le prix Anne-Hébert et qui est, à ce jour, traduit dans une dizaine de langues. Tarmac, son deuxième roman paru en 2009, est également traduit dans plusieurs pays. En compagnie de Dominique Fortier, il signe Révolutions en 2014. Six degrés de liberté est son troisième roman.
Quiconque a déjà lu Pour mémoire : petits miracles et cailloux blancs, cette fois-là avec Rafaële Germain comme coéquipière, renouera avec quelque chose de familier au sein de l’échange épistolaire de Dominique Fortier et Nicolas Dickner dans Révolutions. J’ai apprécié les deux ouvrages d’une façon à peu près égale. À peu près, dis-je bien : l’utilisation du calendrier révolutionnaire comme ensemble lexical à partir duquel échanger – un mot par jour soumis à une libre association de pensée et de souvenirs pour les deux auteurs – m’a possiblement plu davantage. Je redécouvre un peu Dickner, par la même occasion, après avoir lu Nikolski il y a déjà si longtemps.
De Fortier, un jour d’automne correspondant à la truite dans le calendrier désuet, alors qu’elle aurait pu tout aussi bien parler du poisson lui-même :
« En écoutant les premières mesures du quintette de Schubert, j’ai la surprise de retrouver un air étrangement familier. Je ne connais pas beaucoup la musique et ne la fréquente que par à-coups, mais cet air-là, je suis tout de suite capable de le fredonner, c’est une mélodie depuis longtemps oubliée et dont les notes remontent d’elles-mêmes à la surface comme des bulles d’air. Était-ce le générique d’une émission jeunesse des années 1970, la musique accompagnant une scène d’un film mille fois revu, un des airs que jouait au piano la dame lors de nos cours de ballet, ou bien ces quelques mesures avaient-elles été détournées au profit d’une publicité de thé, de bouillon ou d’une autre chose reposante? Aucune idée, elles ne sont associées dans mon esprit à rien d’autre qu’à elles-mêmes, et peut-être à une lumière un peu particulière, un crépuscule d’hiver feutré qui est l’éclairage sous lequel je revois l’essentiel de mes souvenirs d’enfance. »
Dominique Fortier, Nicolas Dickner et moi-même avons environ le même âge. Leurs souvenirs ressemblent souvent aux miens, quel que soit l’interlocuteur, et dans les mains de l’un ou l’autre, la langue a toujours de quoi réjouir. Un livre parfait à déposer et reprendre au gré des opportunités; je l'ai lu essentiellement pendant le temps des fêtes, dans mon cas.
Difficile de noter ce livre, qui est somme toute assez inconstant. Je retire quand même un beau souvenir de cette lecture qui m’a accompagnée pendant quelques mois. J’ai aimé découvrir l’univers des deux auteurs. J’ai surtout apprécié les moments où Dominique Fortier évoque les changements de saison et autres changements qui affectent sa vie. Cela permet de bien marquer l’évolution de ces 365 jours pendant lesquels leur exercice a duré.
Vu l’envergure du projet, le résultat ne pouvait qu’être inégal et un peu redondant parfois, mais si on le lit à petite dose, pas plus de quelques mots/jours à la fois, la lecture de ce livre empreint d’amour des mots et de curiosité intellectuelle est une expérience fort intéressante.
Lu très tranquillement, pendant plusieurs mois. Je crois que ça se lirait difficilement tout d'un coup. Le principe est super intéressant, et on est assez intrigué au début de ce que les auteurs vont réussir à en faire. Mais ça devient un peu répétitif assez rapidement. Il faut être fan des deux auteurs (ce que je suis) pour y trouver son compte, j'ai l'impression. J'ai aimé faire partie de leur quotidien pendant un an, et je lirais honnêtement n'importe quoi qu'ils écrivent. Mais ce n'est pas pour tout le monde!
Les premières pages sont un peu ennuyantes, mais on finit par embarquer dans le concept en même temps que les auteurs découvrent un sens à leur entreprise et y ajoutent une touche de fantaisie. Ça devient amusant quand les personnages qui ont créé le calendrier révolutionnaire sont imaginés et intégrés aux textes. De Dominique Fortier, j'ai surtout aimé les anecdotes entourant la rédaction de ses romans que j'avais déjà lus auparavant. De Nicolas Dickner, j'ai particulièrement aimé les scènes imaginées avec André Thouin et Fabre d'Églantine, ainsi que le côté recherche de certains mots obscurs. Les dernières lignes sont étonnamment excellentes pour ce genre de livre difficile à classifier. Vous allez davantage apprécier l'oeuvre si vous connaissez déjà les auteurs.
Mon exemplaire a plusieurs erreurs d'impression et il manque toute une section (50 pages), mais j'ai beaucoup d'amour pour ce livre imparfait. L'envergure du projet est immense et, bien que redondant, j'ai adoré en découvrir plus sur des auteurs que j'avais déjà lu et apprécié. Empreint d'émotions et d'humour, Révolutions est une livre qui attise la curiosité et laisse libre cours à une certaine créativité. Et en plus, cette deuxième édition possède une couverture magnifique.
Enfin terminé! Je me sens un peu injuste de ne mettre que 3/5. Je crois que si j'avais acheté, et non loué, le livre, j'aurais adoré découvrir le mot du jour comme les auteurs. L'entreprise était audacieuse, mais mène à un résultat inégal qui s'essoufle. De plus, de nombreuses erreurs dans le document minent le plaisir, notamment des disparité entre les mots des discussions et les mots discutés.
Cet ouvrage inclassable consiste en un échange épistolaire d'un an basé sur le calendrier révolutionnaire français, dans lequel chaque jour est dédié à un thème différent, soit une plante, un animal, un outil ou une vertu, tous sensé représenter les valeurs de la révolutions française! Le résultat est donc un mélange improbable d'encyclopédie botanique, de chronique historique, de tranches de vie autobiographiques, de blagues, de récits de fiction et de random facts trouvés sur Google!
On y apprend notamment que les pépins d'aubergine contiennent de la nicotine, que les carottes oranges ont été créées au seizième siècle par un botaniste hollandais et qu'Alexandre Dumas a aussi publié un livre de recettes!
Ce bouillon d'érudition est un exercice créatif qui représente un travail de recherche impressionnant. Un véritable "all you can eat" pour les esprits curieux! De plus, c'est un objet de collection! Le tirage a été limité à 1793 exemplaires (année de la Révolution française), tous numérotés. J'ai eu le numéro 300 entre les mains! Une belle couverture embossée et des gravures anciennes complètent à merveille l'expérience de lecture. J'ai beaucoup aimé!
LES HAUTS : C'est une façon très originale d'apprendre sur toutes sortes de sujets, et de découvrir deux auteurs talentueux...
LES BAS : L'inspiration des auteurs semble un peu s'essouffler vers la fin du livre...
Fruit d'une entreprise geek de Nicolas Dickner et Dominique Fortier, soit d'écrire pendant 366 jours sur les éléments peuplant le calendrier de la Révolution française, le résultat est bien entendu inégal mais la lecture en vaut la peine. On plonge dans les dédales de Wikipédia et de la Flore de Marie-Victorin, mais également dans le quotidien et les souvenirs d'enfance des deux auteurs (sur fond de grève étudiante) à travers ce recueil en fragments. J'avais confiance en les deux auteurs avant d'entamer le livre, mais je suis tout de même surprise d'être triste que ma lecture soit achevée.
Il est difficile de catégoriser ce livre qui revisite le calendrier révolutionnaire. Les auteurs explorent 366 mots en 366 jours, à leur façon bien à eux, selon l’inspiration du moment. Parfois, ils surprennent, d’autres fois, ils sont touchants avec leurs souvenirs. Dans tous les cas, c’est une lecture très stimulante.