Oscar Peer, écrivain suisse romanche et germanophone, a consacré sa vie à faire résonner la langue et la mémoire des Grisons. Avec Coupe sombre, publié en 1972, il signe une œuvre courte, dense, à mi-chemin entre récit d’enfance et méditation sur la rupture. Un roman du seuil, où l’innocence s’efface dans le silence.
L’histoire se déroule dans un village reculé des montagnes suisses, au début du XXe siècle. Un monde rural, rude, soumis aux rythmes de la nature et aux lois du non-dit. Peer n’écrit pas une fresque : il capte un instant, un vacillement. Le jeune narrateur, David, revient sur un moment décisif de sa vie : la disparition de son père, les tensions familiales, et un secret lourd comme la neige sur les toits. Le roman est peuplé de figures discrètes : la mère, ferme et muette ; le grand-père, gardien des gestes anciens ; le voisin, dépositaire du soupçon. Chacun joue un rôle dans l’initiation brutale de l’enfant.
Prémisse : Un garçon assiste à l’effondrement de son monde familial, dans un village silencieux, où les regards en disent plus que les mots.
Les grands thèmes affleurent sous la neige : (mort, deuil, transmission, solitude, violence contenue, fin de l’enfance). Peer ne cherche pas l’effet — il donne à sentir ce qui se tait, ce qui pèse.
L’univers est celui de la montagne, de la terre, des gestes quotidiens. Le style de Peer est sec, poétique, d’une grande justesse. Peu de mots, mais tous portent. La langue semble épouser le souffle même de la montagne — rare, pur, et tendu.
On referme Coupe sombre comme on quitte un sentier gelé : le cœur un peu serré, les yeux pleins de silence. En écho, Le garçon sauvage de Paolo Cognetti explore aussi (la solitude, la nature comme refuge, la quête d’un père absent). Et Matthieu de Pierre-Louis Matthey, dans un autre style, questionne aussi (le destin d’un enfant en rupture avec son milieu, dans une langue dépouillée et intense).