« Vous voulez travailler avant ou après la mort ? m’a demandé sans sourciller la dame du bilan de compétences, et moi, comme un con, j’ai répondu : Après. C’est comme ça que je me suis retrouvé à œuvrer pendant trois ans dans les pompes funèbres. Bizarrement, ce métier m’a remis dans le mouvement de la vie. Lent dégel. Comme si j’étais venu me réchauffer auprès des familles endeuillées. »
François Durif imagine une narration itinérante à la manière d’une performance promenée au cimetière du Père-Lachaise. Entre souvenirs marquants et lectures liées à son ancien métier de « croque-mort », il s’improvise chroniqueur de ses « passages à vide », revenant sur son enfance auvergnate, sa découverte des lieux de drague gay parisiens et sa confrontation aux portes étroites du monde de l’art.
François Durif présente, avec "Vide sanitaire, un texte autobiographie aux sujets graves et solennels, au discours acéré et sans détour. Des digressions sont présentes, alimentant la réflexion profonde de l'auteur, mais le ton, la parole, est toujours direct et à vif.
François Durif revient sur les années qu'il a passées en tant que conseiller funéraire aux pompes funèbres L'Autre Rive. Artiste de profession, et après avoir assisté un grand nom du milieu pour des expositions et performance artistiques, il quitte le domaine de l'Art . A Pôle Emploi, sa conseillère après plusieurs entretiens de discussion lui propose de travailler aux pompes funèbre et il accepte, intégrant ce milieu pour le moins particulier.
Le récit qu'il fait de son travail auprès des familles des défunts est intense et riche d'anecdotes et de philosophie. On est confronté à la mort, qui est omniprésente dans ce livre, qui en est le sujet principal, au deuil, aux problématiques matérielles et pratiques qui surviennent après le décès d'une personne. Cérémonies, enterrements, cimetières...
J'ai été particulièrement touchée par l'empathie de l'auteur pour les proches des morts, et pour les personnes faisant appel à ses service de pompes funèbres, son empathie et sa bienveillance. Il porte un regard lucide sur la mort, et sur la vie en général, et un regard sévère et sincère sur sa vie à lui en particulier, plein d'émotions.
J'ai été frappée par l'aisance qu'il semblait avoir dans l'accomplissement de son métier, en lien avec des sujets, des questions, si sombres, lourds et difficiles. Il faisait son travail bien, très bien même, et s'accomplissait à travers lui. Ce sont ces années aux pompes funèbres qui l'ont réconcilié avec l'art, avec son envie d'écrire, son ambition dans le domaine artistique. Comme si l'omniprésence de la mort avait bien mis en évidence l'importance de donner la priorité à la vie, et à la création. Ce que j'approuve totalement.
Enfin, François Durif se confie également dans ce livre sur son homosexualité, sa façon de la vivre dans les années 90, les ravages du Sida, récurrence d'un thème passionnant et fort, qui m'a aussi beaucoup intéressée. Ce livre parle donc de la mort et de l'amour, physique et métaphysique.
Un roman avec au moins trois histoires : un étudiants en art qui manque d’inspiration et d’ambition, qui s’essaie vaguement aux “performances artistiques” mais n’est pas Marina Abramović qui veut, un homosexuel vieillissant qui n’a jamais trouvé son âme sœur et qui drague par habitude et sans conviction, et un accompagnateur de familles aux pompes funèbres qui se retrouve dans ce métier un peu par hasard et qui est le premier surpris de découvrir qu’il fait ça très bien. Comme l’idée de rester sur une réussite lui est insupportable, il finira bien sûr par quitter son poste après 3 ans ce qu’il regrettera plus tard. Et grâce à cette expérience et son obsession pour les morts, il organise des visites “artistiques” au cimetière du Père Lachaise. C’est la meilleure partie du roman. L’écriture est inégale, tantôt brillante tantôt maladroite l’auteur parlant de lui-même parfois à la première personne, parfois comme d’un autre et le style passe du littéraire au familier sans raison. Mais encore une fois ce qui sauve le tout c’est l’érudition sur l’histoire des cimetières et de notre attitude envers la mort au cours des siècles. A lire avant une visite au Père Lachaise.