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La democratie disciplinée par la dette

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La dette est devenue un outil de gouvernement de la démocratie. Si la crise sanitaire a ouvert une brèche dans les politiques qui lui sont liées, celle-ci risque vite de se refermer. Il est donc indispensable de s'armer pour bien argumenter face à ceux qui ne rêvent que de revenir à l'austérité.
Les institutions publiques de la dette et de la monnaie (Trésor et Banque centrale) opèrent aujourd'hui comme une usine à garantie de l'industrie financière privée. Mais émettre une dette qui puisse satisfaire l'appétit des investisseurs mondiaux n'est pas sans risque pour la démocratie et s'accompagne de contreparties sociales, économiques et politiques qui sont négociées, à l'ombre de la vie politique, sur les scènes marchandes d'attestation du crédit.
Le débat public se limite à une pédagogie rudimentaire : il faut payer la facture de la pandémie et, pour rembourser la dette, consentir à des sacrifices : travailler plus, augmenter les impôts sur la consommation (et non sur la fortune), renoncer à des services publics et des droits sociaux.
Pour les pouvoirs publics, il faut " cantonner " le potentiel subversif de cette crise sans précédent. Réduite à un événement exceptionnel et exogène au capitalisme financier, la pandémie serait une parenthèse circonscrite qu'il conviendrait de refermer au plus vite sans tirer aucune leçon structurelle, avant de " retourner à la normale " d'un marché qui sert de garde-fou aux États sociaux et discipline les peuples dépensiers.

157 pages, Paperback

Published February 3, 2022

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Benjamin Lemoine

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Displaying 1 - 2 of 2 reviews
Profile Image for Ianis Roche.
46 reviews
March 11, 2022
C'est un petit livre de 150 pages parfaitement accesible qui explique de manière très simple et très clair que c'est celui qui celui qui a prêté et qui détient la dette (à savoir la sphère financière) qui contrôle l’agenda politique et économique. Le livre démontre comment l’État est à la merci de l’évaluation par la finance privée de ce qu’est un « bon gouvernement ». Il doit s’aligner sur les attentes de cette classe et doit faire montre d’une exemplarité et éviter tout ce qui nuirait aux marchés. Ceux qui possèdent la dette font partie de la Bondholding class. Mais attention, tous ceux qui détiennent la dette ne sont pas logés à la même enseigne : aux USA, 50% de la dette est détenue par 1% des ménages. En possédant la dette, la Bondholding class gagne trois fois : son capital n'est pas imposé, il rapporte des intérêts et il offre un droit de regard sur le régime politique. L’État est assigné à la sécurisation du capitalisme financier. Comment évalue-t-on un gouvernement ?

Il y a les facteurs quantitatifs habituels :

• Revenu par habitant
• PIB
• Inflation,
• Dette extérieure.

Mais il y aussi les signes qualitatifs :

• Probabilité d’une révolution
• Résultats aux élections de l’extrême droite ou de l’extrême gauche
• Taux de syndicalisation,
• Stabilité du pouvoir exécutif
• Facilité d’un État pour mettre en œuvre des réformes structurelles.
• Puissance du bras armée de l’État

Mise en place d’un agenda monétaire :

• Dépolitisation de la question monétaire (Pas de monétisation directe)
• Abandon de l’outil inflation (soutenir la croissance ou résorber les dettes)
• Indépendance des banques centrales à l’égard des gouvernements
• « Libération » du système bancaire et de crédit vis-à-vis de l’emprise publique.

Mise en place d’un agenda politique :

• Discipline budgétaire et respect des traités européens
• Économie de libre-échange,
• Taux de chômage vanté comme un gage de compétitivité salariale et économique.
• Démantèlement discret des services publics et de l’État social.
• Marchandisation, managéralisation voire financiarisation des institutions dont le sens du public a été évidé
• Flexibilisation du marché du travail : démantèlement du statut salarial
• Privatisation progressive du régime des retraites et démantèle des retraites par répartition avec l’introduction des fonds de pension privés
• Structuration de l’offre politique
• Hiérarchisation de l’agenda médiatique.
• Baisse de l’imposition
• Passage obligé par une technostructure financière indépendante de l’État
• Transformation des individus en « petits gestionnaires d’actifs »

Le livre tente de démontrer en quoi la BCE est le bras armée monétaire des intérêts du capitalisme financier mais surtout se pose la question de savoir il la politique "anormale" depuis le COVID va déboucher sur une révolution ou non ? La réponse est sans trop de suspense, non ! La BCE reste une institution dont la culture et les instruments sont entièrement financiarisés. La "rhétorique du cantonnement" est apparue et va continuer à utiliser la dette pour faire avancer l'agenda néolibéral. D’un côté une dette publique qu’il va falloir régler dans tous les cas, de l’autre une dette « anormale » due à un choc exogène (le covid) qu’on va pouvoir alléger et aménager. Mais en gros, on cantonne les débordements de revendications hétérodoxes qui se manifestent (dette pour payer la transition énergétique par exemple). Ce saucissonement de la dette avec la « bonne » et la « mauvaise » dette nous permet de revenir aux remèdes familiers de la rigueur Bruno Le Maire a d’ailleurs fait passer son plan PLF 2022. On va donc déjà débourser une partie des recettes fiscales pour le remboursement de la dette à partir de 2022.

Le dilemme est désormais simple : veut-on payer en priorité les créanciers financiers ou maintenir l’ensemble des autres engagements de l’État, sa dette de santé, d’éducation, de culture ? Vivre à crédit pour l’État en sollicitant les épargnants plutôt qu’en les taxant constitue un choix de classe. Il n’y a pas de fatalisme de la dette.

Ce court livre présente admirablement bien les problématiques de la dette, mais ne propose peut-être pas assez de solutions, bien que pour lui, elles sont déjà là. C'est désormais du courage politique qu'il faut à nos politiques pour sauver nos services publiques. Mais quand le personnel politique partage la vision du marktvolk, difficile d'envisager une bifurcation.
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