J’ai voulu écrire un texte comique et acerbe, parfois affectueux, souvent cruel sur notre rapport à l’Europe et à sa «grande culture». Pour ceux et celles qui comme moi ont vécu en Amérique du Nord et ont été élevés par des parents européens, dans la tristesse de l’exil, il est facile de comprendre pourquoi j’ai embrassé des études de lettres en admirant l’Europe et en voulant la faire mienne. Impromptu se moque de l’impérialisme culturel de l’Europe, s’incarnant dans la figure du professeur Mueller-Stahl, personnage pompeux et comique qui fascine la narratrice. Ce récit se moque aussi de l’admiration un peu béate des intellectuels québécois et nord-américains pour le Vieux Continent.
Catherine Mavrikakis est née le 7 janvier 1961 à Chicago, d’une mère française et d’un père grec qui a grandi en Algérie. Elle a partagé son enfance entre Ville d’Anjou, Montréal-Nord, Villers-Bocage en Normandie et Bay City (Michigan) et a été élevée avec son plus jeune frère par le poste de télévision auprès duquel elle dormait. Elle a subi une éducation stricte dans un lycée français à l’ “étranger” où elle a appris beaucoup de choses, dont l’injustice. En 1979, elle choisit vraiment Montréal, où elle fait des études de littérature et une dépression, qui la conduira à de longues années de psychanalyse. Il lui en restera toujours quelque chose… Pendant dix ans elle a enseigné à l’Université de Concordia où elle était heureuse. Mais tout à dégénéré dans le monde après le 11 septembre. Elle s’est donc retrouvée en 2003 à l’Université de Montréal, ce qui lui laisse beaucoup de temps pour écrire: Depuis 2000, elle a publié quatre romans : Deuils cannibales et mélancoliques (Trois, 2000), Ça va aller (Léméac, 2002), Fleurs de crachat (Leméac, 2005), Le ciel de Bay City, (Héliotrope, 2008) et une pièce de théâtre Omaha Beach (Héliotrope, 2008). Elle a écrit un essai-fiction sur la maternité avec Martine Delvaux: Ventriloquies (Leméac, 2003) et rédigé un essai: Condamner à mort. Les meurtres et la loi à l’écran (PUM, 2005). Elle anime une émission “Rêvez pour moi” sur Radio-Spirale où les invités doivent parler de leurs rêves, ce qu’ils ne font pas toujours de bonne grâce.
Elle fait du yoga et de la méditation. Sa pose préférée est savasana. Elle a une fille de presque huit ans, un mari assez rustre, des amies roumaines, un filleul adorable et bavard et deux marraines extraordinaires pour sa fille. C’est pourquoi elle partage une devise avec les Républicains, des Conservateurs et les Grecs: Vive la Famille!
Savoureuse Novella, IMPROMPTU se veut un paradoxal exercice de légèreté et de densité. Catherine Mavrikakis propose un « entretien infini » ―c’est comme cela que la relation est nommée par le personnage masculin― entre une étudiante universitaire et son professeur, un excentrique et éminant spécialiste de la littérature allemande. S’échelonnant sur quelques décennies, cette connexité, parfois étroite, voire amicale, parfois distante, mais toujours intellectuellement vivifiante, est au cœur du parcours professionnel de l’étudiante, qui deviendra à son tour professeure.
Un texte si court et qui dit tellement de choses ! Un regard acerbe sur le milieu universitaire, sur le Québec et sur l'exil volontaire, souvent choisi pour se croire important, quand on est en fait un "nobody" dans son pays d'origine. Mavrikakis raconte tout ça en si peu de pages, c'est assez impressionnant. Elle frappe toujours juste, sème un peu d'humour par-ci, par-là et assène quelques vérités toutes les 2 ou 3 pages, et trouve même le temps de faire parler son féminisme. Un bijou de concision !
L’odorat est le sens qui stimule le plus la mémoire. Il est complètement fou de voir comment l’odeur d’un parfum peut porter des souvenirs qui précèdent la narratrice, un parfum qui incarne une professeur, un enseignement, une idéologie [dépassée], le rêve d’une ancienne Europe qui n’est plus. Il n’y a pas de hasard, il n’y a que la complexité des existences humaines dont les rencontres impromptues jalonnent les différentes étapes de l’étrange parcours qu’est la vie.
Une novella divertissante qui porte une regard grinçant et acerbe sur le milieu universitaire et ses conventions parfois archaïques. J’ai bien aimé l’audace de faire d’un des personnages centraux un désagréable au possible. C’est contrebalancé par l’idéalisme de la jeune protagoniste et le réalisme de sa version plus âgée.
J’ai beaucoup aimé cette nouvelle qui condense trente ans de la destinée croisée d’un vieil européen et d’une jeune québécoise qui se sont exilés chacun de leur côté dans la patrie de l’autre.
Je n'ai pas aimé les deux personnages principaux, mais j'ai l'impression que Caroline s'est remise en valeur, dans les 2 dernières pages. Une lecture rapide, en tout cas !
« À Montréal, à l’époque, nous avions affaire à une Europe de pacotille, où le cliché et le mauvais goût se disputaient la course à la représentation de l’outre-Atlantique »
L’universitaire Catherine Akerman, est obnubilée par son professeur d’études allemandes Karlheinz Mueller-Stahl. Ce dernier, un peu gourou et profiteur, dédaigne tout de Montréal, sa terre d’accueil, et continue d’idéaliser son Europe natale, tout en exerçant un joug sur ses étudiants préférés.
Court roman. Les deux personnages principaux dépendent l’un de l’autre, qu’ils le veuillent ou non. L’autrice se veut sarcastique et déploie un certain air de vengeance par rapport au monde universitaire. L’écriture s’avère parfois cynique, parfois caricaturale. L’autrice y brosse l’existence de deux mondes en contraste.
Citation « … en citant Novalis, il avait ajouté : « Celui qui regarde la vie comme autre chose qu’une illusion qui se détruit elle-même est encore prisonnier de la vie. » p. 34