« Même les culs-reptiles étaient de la partie, ces oisifs qui ne voulaient rien foutre au pays, des fainéants qui passaient la journée à même le sol, sur des nattes, à jouer aux dames ou au rami. Immobiles tels des montagnes, ils ruminaient la noix de cola, sirotant à longueur de journée des litres de thé accompagnés de pain sec. Ils ne bougeaient leurs fesses qu’en fonction de la rotation du soleil, disputant l’ombre aux chiens et aux margouillats. »
Or, Bourma Kabo, las de faire partie de cette communauté nationale de la glandouille, accepte de relever un inimaginable défi : représenter son pays de sables — les autorités plus que corrompues le lui imposent — aux jeux Olympiques de Sydney, en 2000. Épreuve de natation, cent mètres. Alors qu’il sait à peine flotter dans un fleuve boueux, il plonge corps et âme dans l’aventure. C’est ainsi que d'Afrique en Australie commence l'extraordinaire odyssée d’un Ulysse candide des temps modernes, avec aussi les magiciennes Circé des médias, et sa tant convoitée Ziréga, nouvelle Pénélope. Ce roman est un sérieux divertissement. Il nous raconte que « le propre de l’homme est de ne pas servir le mensonge », en une impitoyable et malicieuse radiographie d’un pays sahélien et de tout un continent aux peuples bannis de culs-reptiles sous les mirages de l'Occident.
Malheureusement, le langage de l'écrit n'est pas l'arme la plus efficace et fluide dans la verve créatrice de Haroun. Connaissant et admirant ses films, dont Un Homme qui Crie , lequel particulièrement frappant par l'usage pertinent de silences et de résignations puissantes. Le roman ici explore des problématiques analogues à son éthique cinématographique : l'Afrique n'est pas solidaire, et même si l'hypocrisie occidentale est gargantuesque et étouffante, il reste que c'est le pays d'origine du protagoniste qui est le principal antagoniste. Bien que l'on parvienne à déceler les combats politiques, le reste de l'intrigue est lâchement agencé. Si Haroun maîtrise l'art visuel et scénaristique de la suggestion , cela ne se reproduit guère dans la littérature. Le langage préféré frôle le mauvais goût, et les événements personnels sont décousus. Un peu de cul pour le nageur alors qu'il trompe sa copine soit-disant kidnappée par les autorités de son pays, et pas une seule véritable remise en question morale. Le développement de l'histoire est donc creux, puisque le squelette narratif est en lui-même poreux. Il demeure toutefois intéressant de lire ce livre si l'on souhaite se documenter : il est inspiré de l'existence réelle d'un nageur équatoguinéen. L'on se repaît volontiers d'histoires vraies.
Comédie et tragédie ensemble dans un pays fictif quelque part en Afrique centrale. Si on connait Mahamat-Saleh Haroun, on peut facilement identifier le pays, même si l’auteur a déguisé un tout petit peu le paysage en ajoutant accès a la mer. Bourma est un citoyen lambda, vivant dans un genre de Gondwana City ou l’espoir de faire mieux n’existe presque pas. Un cadeau ou un calice empoisonné tombe sur sa tête – il est choisi de représenter son pays en natation aux J-O de Sydney. La corruption plus que profond se présente dans ce roman du début a la fin. Même une bonne nouvelle peut devenir une mauvaise nouvelle. Même si je peux facilement reconnaitre le paysage, la liste des pays qui peuvent être la scène de cette histoire est assez long. Dommage, en 2023. Mais c’est un roman qu’on ne veut pas terminer. Bravo le maître Haroun !
Un roman épatant librement adapté d'une histoire vraie et mémorable. On a tous vu les images de ce nageur africain peinant à accomplir son 100 m nage libre aux JO de Sydney. Ce récit captivant permet de connaître les étonnants tenants et aboutissants de cette épopée. J'ai vraiment dévoré ce livre qui nous immerge dans une Afrique deroutante.