Le premier livre que je lis vraiment d'Arendt. Il s'agit (comme beaucoup de ses ouvrages j'ai l'impression) d'un recueil de petits essais qui portent sur une thématique commune, la politique, mais qui n'ont pas vraiment de rapport les uns avec les autres.
Le premier traite du mensonge en politique, et est un écrit de circonstances qu'Arendt a rédigé en réaction à la publication des Pentagon Papers, des écrits secret défense à propos de la guerre de Vietnam, où le public étatsunien s'est rendu compte de tous les mensonges de son gouvernement. L'essai d'Arendt ne m'a pas franchement passionné parce que c'est vraiment un écrit de circonstances, une réflexion sur l'actualité des années 70. Il aurait cependant des rapprochements à faire entre ses analyses et le concept de "post vérité" qui est en vogue actuellement. A cet égard, les réflexions sur le mensonge en politique sont toujours bien d'actualité.
Le deuxième traite de la désobéissance civile. C'est un essai assez connu, et j'étais content de le lire en intégralité puisque j'en fais lire un extrait à mes élèves de terminale chaque année. La réflexion d'Arendt est assez intéressante car elle s'efforce d'essayer d'analyser la dimension politique de la désobéissance civile, en la détachant de sa dimension morale. La désobéissance civile n'est pas seulement une affaire de conscience morale, et il faudrait bien distinguer le désobéissance du "lanceur d'alerte" qui n'agit que parce qu'il a du mal à se regarder dans le miroir. En ce sens, il est faux, pour Arendt, de parler de Thoreau comme était un désobéissant.
Le troisième traite de la violence, et est celui sur lequel j'ai le plus porté mon attention. Il s'agit de l'essai le plus long. La volonté d'Arendt est ici de bine distinguer la violence (qui est toujours instrumentale) du pouvoir (qui est un projet politique mis en oeuvre par un collectif). Arendt a le mérite de bien définir son objet, et d'être rigoureuse sur les concepts : la violence n'est pas le pouvoir, le pouvoir n'est pas l'autorité, il doit être distingué de la puissance et de la force. La distinction entre le pouvoir et la violence permet une légitimation du pouvoir, à rebours de la pensée marxiste. Cela conduit Arendt à la critique (bien que subtile) de l'usage de la violence en politique qui, selon elle, n'est jamais transformateur. Elle soutient même que la violence est plus réformiste que révolutionnaire. L'essai est aussi un écrit de circonstances, écrit en réaction au mouvement étudiant de 68. A ce titre, j'ai été surpris par le côté réactionnaire, voir même parfois raciste, d'Arendt, qui a vraiment l'air d'avoir un problème avec les étudiants noirs, et avec les étudiants engagés de manière générale.
Je partais avec un mauvais a priori sur Arendt. En fin de compte, il faut reconnaitre que c'est une bonne philosophe : ses écrits sont accessibles, écrits avec le soucis de la clarté, elle est très forte pour faire des distinctions conceptuelles précises et intéressantes. Mais sur le plan politique, elle se montre très tiède. C'est une sociale démocrate avec des tendances réactionnaires sur le plan culturel : ni vraiment pro capitaliste, mais qui a horreur du communisme. C'est une philosophie de la bourgeoisie culturelle qui n'a pas intérêt à un changement radical, bref, c'est une philosophie quoi.