Mouron des champs dit l’histoire de vies dures et empêtrées, de destinées de filles de fermiers, de pauvresses du bout du rang, de mères travailleuses infatigables aux désirs corsetés. Revitalisant brillamment le vocabulaire des parlers populaires, Marie-Hélène Voyer fouille les lieux de vie familiaux où se resserrent l’emprise de la domesticité et la violence de la contention. Cette poésie profonde et tassée comme un pain de mie porte la voix des mortes et met en lumière les encagements du passé.
Mouron des champs, suivi de l’essai Ce peu qui nous fonde, est l’occasion pour la poète de revenir sur la disparition de sa mère, cette femme de cendre qui s’effondre, sur les ombres qui planent depuis l’enfance et sur l’affranchissement que permet l’écriture.
Un souffle d’amour pour apprendre à vivre.
il me faudrait tracer l’histoire / de mes vieilles vivantes / toutes leurs vies raboutées / elles et moi raccommodées / dans un livre / d’amertumes rieuses / et de joies sombres
Un recueil de poésie sur l'enfance, la filiation mère-fille et le lègue féminin transmis de générations en générations; un héritage issu de la religion catholique et des rôles traditionnels, celui de la culpabilité, du sacrifice et de l'effacement.
Le contraste entre la sauvagerie de l'enfance et l'enfermement des mères au foyer, la retenue qu'elles inculquent de force à leurs filles, leurs rêves balayés sous le tapis et la colère souterraine qui gronde au fond d'elles : tout est tellement juste! Je me suis vraiment reconnue dans ces mots.
Un livre magnifique, pour nos mères et nos grand-mères, mais aussi pour nos filles, pour qu'on puisse briser la chaîne des rêves brisés et des horizons perdus.
Si ce recueil regorge "d'amertumes rieuses et de joies sombres", pour moi c'est avant tout le plaisir de la langue qui s'en dégage. J'ai eu tellement de FUN à lire, souvent à quelques reprises, parfois à voix haute à mon chum. Comme d'autres lectrices, je me suis reconnue (et j'ai reconnue ma grand-mère, mes tantes, des voisines) dans les vlimeuses et les bougresses qui le peuplent. J'ai beaucoup aimé les titres & sous-titres des sections: pour moi les râles, les halètements, les grondements évoquent à la fois la misère mise en scène et la volonté de redonner un souffle aux mortes, et témoignage peut-être de la difficulté du processus de revitaliser une langue vieille, usée - mais ici, vibrante et vivante.
Ce recueil de poésie traite de filiation, de secrets, de petites et de grandes misères. Il narre la fierté, la droiture, la façon d’être de générations de femmes qui ont poussé comme elles ont pu. Les mots et la réflexion sur la mère dans l’essai qui suit les poèmes m’ont particulièrement émue.
L'écriture est impeccable, absolument. Questions thèmes, ça m'a fait beaucoup pensé à certaines oeuvres d'Annie Ernaux ("Une femme", "La place") puis, pour l'imaginaire, à celles d'Audrée Wilhelmy (la nature, la mère, le corps). Il y a aussi l'influence d'Anne Hébert qui est indéniable. Bref, une très belle oeuvre de filiation, et cela de plusieurs manières. :-)
"Nos mères traînaient à leurs pieds des chagrins mal essorés. Nous nous enfargeons dans le souvenir de leurs peines."
Un recueil de poésie en hommage aux femmes. Des femmes d'une autre époque. Ces femmes qui n'étaient pas libres de choisir leurs vies (quoi que les cages des mères aujourd'hui ont peut-être un autre nom, un autre visage).
C’était dur. Les rêves qui meurent dans la jeunesse face à la réalité d’être femme. Le clash des générations et en quelque sorte le transfuge de classes.
"d'elle je ne garde qu'un livre de recettes illisibles
combien de larmes, déjà pour faire un gâteau des anges ?"
Poésie touchante sur la tristesse des mères sacrifiées pour le travail sur la ferme. Pleins de mots sortis des boules à mites que même Google avait de la difficulté à définir. J'aime ça.
"nous battons la campagne nous les vlimeuses les filles de fermiers les pauvresses du bout du rang nous avançons libres dans les lumières lentes farouches dans les foins foulés nos crignes sont coiffées de toques de chardons de pétards de silènes et d'herbe à dinde nous sommes les petites gueuses les garçonnes les gouailleuses pleines d'entrain ls enfants maigres de toutes les grâces refusées"
"déguisées en accoucheuses ou en faiseuses d'anges nous plantons des cintres des aiguilles à tricoter dans le ventre de nos catins"
"tu disais nous sommes nées pour être effacées femmes faces et navrantes secouées d'étranges tristesses nous buvons l'eau brouillée des bêtes nous avalons leurs gales comme on embrasse les hosties [...] tu disais il faut être humbles et oubliables"
"tu m'as fait promettre de ne jamais écrire"
"dors, il n'y a rien à faire devant ma mort résolue [...] quand les fleurs embaumeront la viande mûre jette-les aux chiens et ne te retourne pas"
Un recueil senti et sans fioritures doté d'une langue et d'images tournées vers un passé qui semble bien loin. J'ai ralenti ma lecture pour le faire durer puis appelé ma soeur pour lui lire certains passages. Il est à présent dans ma bibliothèque et je pense qu'il s'agit du plus bel ouvrage à s'y poser.
Magnifique recueil de poésie ! On parle de filiation, de matrimoine, du poids des secrets et de l'héritage familial. Le tout dans une langue du terroir qui nous ancre dans une réalité qui nous est proche.
Un recueil de poèmes très intense, qui résonne de filiation, d'éducation catholique, de vie champêtre. Marie-Hélène Voyer exprime profondément, parfois douloureusement, l'heritage impérissable que nos mères laissent sur nos corps, nos esprits, nos vies.
Ouf… ça m’a chamboulée. J’ai fini la lecture avec une sensation de poids sur la poitrine. L’écriture de l’autrice transmet bien la sensation d’étouffement et de sacrifices des femmes qui n’ont pu se réaliser pleinement.
Magnifique découverte! Une poésie franche et sans détour, sur fond de rang de campagne, de silences de femme, enfouis de la cave au grenier, et d’oppression dont on veut sortir comme on se débarrasserait d’une vieille gaine
La poésie c'est pas ma tasse de thé! Cela dit, il y a une beauté et beaucoup d'émotions dans les mots. Ça sonne la dureté de la campagne, les relations humaines en retenues et les rêves étouffés d'une autre génération de femmes.
Un immense recueil de poésie publié à la Peuplade, dans lequel Marie-Hélène Voyer retourne à ses racines et se plonge dans son enfance campagnarde où la place de sa mère s’est forgée au fil des ans. Il s’agit d’une poésie du terroir, mais en même temps résolument moderne et attirante. Marie-Hélène Voyer a remporté deux (!) Prix des libraires du Québec cette année, en poésie et en essai (pour L’habitude des ruines).
Un des livres qui a le plus hypé l'année dernière (2022), et c'est amplement mérité. Dévoré trop vite, déjà frappé par la langue de Marie-Hélène, ça va se relire avec grand plaisir. {edit] Fait et toujours aussi dingo