« En chemin, Maman s'écarte de la sente, se baisse. Elle porte quelque chose à son nez, nous fait signe de venir. Les premières violettes de l'année. Accroupies, nous en cueillons quelques unes avec douceur et application. Nous veillons à casser nettement la tige à sa naissance, il faut être délicat et attentif pour se laver de ce qui vient de se produire. Le printemps nous offre ses consolations. »
Lu quasiment d'une traite, mais j'ai failli abandonner en cours de route. J'ai retrouvé l'écriture poétique et envoûtante de Laurine Roux qui m'avait tant enchantée dans Une immense sensation de calme, mais l'atmosphère de ce roman est tellement anxiogène, tellement oppressante que j'ai eu du mal à aller au bout.
« Elle aime dire qu'il a le don de la survie, elle, à peine celui de la vie. »
Le récit en lui-même est intéressant : Gemma, sa sœur et ses parents vivent isolés dans un abri à la montagne depuis qu'une pandémie a ravagé l'humanité. Si Gemma n'a jamais connu le monde d'avant et se conforme aux préceptes de son père, à qui cette vie de reclus convient parfaitement, Alexandra, la mère, et June, la sœur, sont résignées : elles se souviennent de leur vie d'avant et ne sont pas heureuses dans leur sanctuaire. Un jour, Gemma fait une rencontre...
C'est un huis-clos dans un écrin de nature magnifique et impitoyable, un récit de libération post-pandémie, un conte initiatique cru oscillant entre douceur, violence et inquiétude grandissante. Il faut pouvoir le lire et le supporter, car c'est assez graphique.
Dans ce roman, les hommes n'ont pas de nom, mais ils exercent un pouvoir et une violence justifiés par les règles qu'ils ont eux-même édictées, mus par leur seul désir, allant jusqu'à la cruauté et l'abjection (il y a des passages particulièrement peu ragoûtants, simplement révoltants ou injustifiables). Mais il y a surtout ces trois femmes qui j'ai inconditionnellement aimées - aimantes, solidaires, courageuses chacune à leur façon, elles tiennent le récit, ouvrent les yeux et, enfin, renversent la table pour reprendre leur destin en main.
« Tandis que June progresse, les lianes grimpent le long de sa taille, la guident vers la mer. Maman les a cousues pour cela, je le comprends maintenant ; elle les a brodées comme on trace une carte. »