Quand j’ai emménagé coin Cuvillier et Sainte-Catherine, dans Hochelaga, je pensais avoir tout gâché, tout perdu. Autour de mon appartement, il y avait les ouvrières et les enfants d’autrefois, il y avait les filles de la rue, leur présence comme une menace, mais aussi un mystère, un espoir. Un jour je descendrais les rejoindre, pour de bon.
Née en 1986, Nelly Desmarais est originaire de Richelieu, en Montérégie. Elle a étudié la littérature à l’Université du Québec à Montréal et à l’Université McGill. Elle travaille dans le milieu de l’édition depuis 2011. Marche à voix basse est son premier livre.
En tant qu'homme, y'a des pages là dedans qui donnent envie de se dépecer la masculinité de sur le dos ou de prendre des grandes douches d'eau bouillante jusqu'à temps que ça melt away...
"je serai là où il ne faut pas ma robe trop courte ma robe trop longue fille déglinguée marchant comme toutes celles qui ont perdu espoir où que j'aille je ne promets qu'une chose je serai encore plus folle qu'avant"
Une lecture faite en un coup, en un souffle, me laissant à la fois mélancolique et ravie. Il y a de l’espoir, peut-être, je pense. Je le relirai souvent, parce que les mots et les images de ces poèmes sont puissants, importants.
Je suis sans mot devant la force des mots qui se retrouve dans ce recueil !
« Dehors elle évite les silouhettes des filles décharnées qui demandent de l’argent, le visage troué, traversé de tics. Elle craint leur imprévisibilité. Mais une fois chez elle, elle les surveille de loin, jour et nuit. Quand l’une tombe ou se met à danser sa mort, elle compose le numéro d’urgence et sort balayer les feuilles, pour s’assurer que quelqu’un viendra.
Parfois, elle en doute, parfois une heure plus tard la fille crie encore. »
Un très beau recueil plein d'une mémoire tendre et douloureuse. Celle d'un quartier, de l'enfance, des événements. On fouille des passés lointains, des horreurs oubliées ou encore vives. Marche à voix basse nous convie à une traversée hochelagaise avec pour trame de fond la violence mais aussi une certaine lumière. De ces poèmes se dégage une voix forte et singulière, celle de Nelly Desmarais, que je me réjouis de découvrir.
Avant, je n’aimais pas la poésie. J’étais pressée. Plus j’en lis, plus certains passages me touchent. Ça vaut vraiment la peine de s’y exposer. J’ai suivi un petit atelier d’écriture de poésie avec l’autrice et elle avait piqué ma curiosité. J’aime son approche, urbaine et tellement pas urbaine à la fois. J’ai vraiment aimé la juxtaposition de l’incendie avec la vie des gens qui défilent maintenant dans le quartier. Je suis morte se frustration en lisant encore une histoire de femme agressée au détour d’une ruelle.
J’ai changé d’avis. J’ai relu ce livre et honnêtement je pense que j’étais simplement pas prêt à le lire quand je l’ai lu. Merci la vie de m’avoir fait grandir et merci à Rosalie de m’avoir traîné au SLM pour la première fois de ma vie ou j’ai rencontré quelqu’un qui m’a donné le goût de le relire.
Tout ce que j'aime dans un recueil de poésie. Il m'a fait des frissons. Les thèmes sont puissants, grands et vrais. La plume de l'autrice est magnifique. J'ai très hâte de le relire dans 2 ou 3 ans pour voir ce que j'en repense!
"cette nuit-là j'aurais voulu te faire très mal aujourd'hui je me demande ce que tu fais en prison
tu attends que ça finisse tu regardes les murs tu parles avec les autres tu fais ton temps tu manges tu dors tu t'entraînes tu te masturbes tu écoutes de la musique
Extraits aimés: «je pourrais disparaitre / par paiements mensuels» «je ne promets qu’une chose / je serai encore / plus folle qu’avant» «les grandes histoires d’amour / commencent au guichet automatique» «j’attends que mon corps se transforme en preuve d’amour» «ma gardienne s’appelle Lisette»
L’écriture de Nelly Desmarais est intime et pleine de nuances. Ses poèmes nous plongent dans plusieurs univers et époques d’Hochelaga, ce quartier de Montréal. C'est un témoignage sur des événements, des lieux et des personnes qui nous marquent à jamais, parfois à notre corps défendant.
"Ici les trottoirs sont plus larges que mon dos les corps plantés au centre parlent une langue qui raconte tout ce qu'il faudra détruire pour voir le ciel."
Je suis toujours éblouie par la capacité des artistes à transformer le quotidien, les joies, un malheur, une blessure profonde, un drame, une tragédie ou un trauma en art.
Marche à voix basse est un recueil de poésie qui devient de plus en plus bouleversant au fil des pages.
Nelly Desmarais présente dans Marche à voix basse une série de longs poèmes indépendants, mais reliés entre eux par la souffrance et les effets de celle-ci sur la narratrice. Utilisant des images puissantes, l’autrice propose de façon ingénieuse de raconter des tragédies du passé afin de mettre en lumière des tragédies du présent. Ainsi, les drames personnels se mêlent à ceux qui ont frappé le quartier Hochelaga, à la fois décor et personnage principal de plusieurs poèmes.
Nelly Desmarais aborde donc plusieurs thèmes au fil des pages (viol, méfiance, solitude, souffrance), dans un mélange de souffrance du passé et de douleur vive. Malgré cela, des percées d’espoir ponctuent le livre, offrant au lecteur un peu d’humanité au fil de la lecture.
Nelly Desmarais a remporté le prix Émile-Nelligan en 2022 grâce à ce recueil touchant. Une lecture incontournable.
On entend le parcours de la victime de viol, sa crainte de marcher dans la rue la nuit tombée, les relents de l’agression. Lumineux malgré le sujet sombre. On reconnaît Hochelaga, les filles de la rue, les échos du quartier.
« pour l'instant je me demande s'il faut appeler un taxi ou juste au secours »
J’ai tout simplement adoré. Une violence banalisée dans des banalités violentes. Ça prend les bons mots pour parler de tels sujets, mais elle l’a fait magnifiquement.
"toutes nous voudrions nous souvenir mais nous en sommes incapables toutes nous voudrions garder l'image mais nous n'en avons pas le droit la peur nous laisse sans visage"
Ce n’était pas une lecture marquante visiblement puisque j’ai racheté (ouioui) ce livre une deuxième fois et que je l’ai relu 10 mois plus tard sans m’en rendre compte. C’est en voulant l’ajouter ici que j’ai compris🙃