4,75/5
Une claque. J'ai lu ce livre en une journée, et je pense que je m'en souviendrai pendant longtemps.
Jean Michel, auteur d'origine innue, revient sur la violence qu'ont subi les peuples autochtones pendant le vingtième siècle aux mains de l'Etat canadien. En envoyant de force les jeunes dans des pensionnats catholiques, les autorités cherchaient à "tuer l’Indien dans l’enfant", quitte à maltraiter, violer ou tuer les pensionnaires.
Par des allées-retours entre 1936 et 2013, un chapitre sur deux, le livre nous fait voyager entre des mondes très différents : d'un côté, Audrey, une jeune avocate à la recherche de Marie, Virginie et Charles, trois autochtones qui se sont volatilisé-es après être passé-es par un de ces internats atroces, alors qu'iels pourraient réclamer des dommages à l'Etat canadien ; de l'autre, la vie de brimades et de violence de ces adolescent-es, appelé-es par des numéros (!) par leurs bourreaux, contraint-es de ne plus parler leur langue sous peine de violences physiques.
L'auteur ne nous épargne nullement la violence de ce génocide, mais sans jamais tomber dans le voyeurisme ou le pathos. Il nous fait à la fois sentir l'horreur de la situation et la beauté des cultures autochtones, la poésie de la nature sublime. L'amitié et l'amour sont aussi une grande source de réconfort.
Les trois personnages principaux sont très réussis. L'amitié entre les filles est très touchante, l’histoire d'amour entre Charles et Virginie aussi (c'est rare que je dise cela à propos de relations hétéros, qui souvent dans la fiction ont une fâcheuse tendance à romantiser des comportements sexistes et détestables).
Ma seule infime critique (d'où le 4,75/5 au lieu d'un 5) est que la narration nous répète des informations que nous savons déjà, ou qui sont évidentes au vu de la situation, ce qui alourdit le récit, par ailleurs très fluide.
Bref, Jean Michel a réussi haut la main le pari d'écrire une histoire sur un sujet aussi dur.
Il est évident que je lirai ses autres livres!