Je ne comprends pas les mauvaises notes excessives (moins de 3 étoiles) données à cet ouvrage. Certes, le style est loin d'être incroyable, il y a quelques manques (la vie des collègues aurait mérité d'être mieux infiltrée pour comprendre leur mal-être, essayer de dire non à la dernière bavure où un migrant se fait tabasser gratuitement afin de voir ce qui arrive à un flic qui "balance", plus de détails sur le travail dans l'asile de "fous"...) mais tout de même ! Quel courage !
Valentin Gendrot a sacrifié près de deux années de sa vie à infiltrer la police, il a pris des risques en s'exposant directement, il s'est impliqué dans son travail de journaliste puis a eu le courage d'en faire un livre qui pourrait bien lui coûter quelques passages au tribunal (notamment pour le passage où il couvre un collègue).
Ceux qui disent que le livre est à charge contre les policiers, je trouve que c'est exagéré. Soit vous ne l'avez pas lu intégralement, soit vous le n'avez pas lu du tout et jugez sans savoir. De nombreux passages sont consacrées au mal-être policier : conditions de travail difficiles, vétusté des locaux et des équipements (voitures comprises), une politique du chiffre qui force à des interventions sans intérêt, une quasi non-sélection (on peut tous devenir ADS), une formation ridicule (3 mois à peine pour un ADS, très peu de cours sur la déontologie ou de préparation psychologique), aucun respect de la part de la population, des horaires décalés qui ne conviennent pas à la vie de famille (taux de divorces élevés), des traumatismes psychologiques non résolus (peu de psychologues, omerta viriliste quant aux sentiments), hiérarchie déconnectée du terrain, décisions de justice incompréhensibles, et salaire de misère... De tout cela résulte un taux de suicide alarmant.
Les policiers ne côtoient pas la misère, ils pataugent dedans.
Le livre est aussi glaçant quant aux profils de certains policiers. Les comportements racistes, homophobes et sexistes sont monnaie courante. En témoignent les bavures dont est régulièrement témoin Valentin : passages à tabac de migrants ou de jeunes "bâtards -comprendre des noirs ou des arabes- , gifles de gardés à vue récurrentes, usage de privilèges dans des conditions inappropriées -gyrophares pour aller acheter un sandwich-, insultes gratuites...
Mais aussi les discussions whatsapp retranscrites telles quelles où on parle de "bâtards, de sales pds, de modous..." , où on espère que le type qui est mort était un "bobo" ou un "modou"...
Bref, des profils de tonton beauf qui lâche des blagues racistes à table à Noël. Sauf qu'on parle de personnes qui sont censés nous protéger, qui possèdent des pouvoirs, une arme...
Et toutes ces bavures sont couvertes par les collègues et la hiérarchie ! Edifiant... On a parfois l'impression d'être dans un autre pays que la France mais non, tout ce qui est décrit se passe bel et bien chez nous.
Valentin précise (je ne me souviens plus exactement des chiffres) que sur l'année 2019, sur toutes les plaintes déposées contre la police, aucune n'a abouti à des sanctions. Aucune. Et que si on prend d'autres années en compte, il y a eu 5 sanctions, jamais assorties (ou rabaissées par la suite en appel) d'impossibilité d'exercer les fonctions de gardien de la paix.
Honteux. Scandaleux.
Et en lisant certains commentaires, je vois qu'on n'est pas prêts de se remettre en question.