Durant trois siècles, le territoire nord-américain a vu se tisser une longue trame de rencontres et de métissages entre Amérindiens et coureurs de bois, interprètes ou trappeurs francophones. Occultée par la narration officielle et l’imaginaire des westerns, la mémoire de ces aventuriers fantômes dessine dans ce livre une autre version de l’histoire de l’expansion européenne. Les rapports entre autochtones et non-autochtones qui s’y dévoilent compliquent et enrichissent notre vision de la colonisation et du contact des cultures. Gilles Havard a passé dix ans à exhumer des artefacts, interroger des descendants, décortiquer des archives, pour reconstituer le récit biographique de dix de ces « hommes libres » au parler français. Parmi eux, citons Étienne Brûlé, premier Européen à explorer les Grands Lacs et souvent qualifié de fondateur de l’Ontario ; Pierre-Esprit Radisson, qui a lui-même raconté ses aventures avec les Indiens du Canada ; les frères La Vérendrye, qui participèrent à l’exploration française des Grandes Plaines ; Toussaint Charbonneau, qui accompagna l’expédition transcontinentale de Lewis et Clark ; et Pierre Beauchamp, qui vécut parmi les Arikaras et dont le fils se tient aux côtés du chef Son of the Star sur la couverture de ce livre.
Gilles Havard est historien, directeur de recherche de 2ème classe au CNRS et membre de l'UMR Mondes Américains. Ses travaux portent principalement sur l’histoire des relations entre Européens et Amérindiens en Amérique du Nord à l’époque moderne (XVIe-XVIIIe siècle). Il a publié notamment The Great Peace of Montreal of 1701 (Mc Gill Queens University Press, 2001), Empire et métissages. Indiens et Français dans le Pays d’en Haut, 1660-1715 (Septentrion/PUPS, 2003) et, avec Cécile Vidal, Histoire de l’Amérique française (Flammarion, 2003 ; deux rééditions 2006 et 2008).
Déambuler en Amérique du nord à l'époque où les frontières étaient floues, les autochtones multiples et les peuples explorateurs plus ou moins libres, c'est une étrange expédition en territoire à peine tracé par les cartographes. Les truchements ou interprètes possédaient le passe-partout idéal pour circuler parmi les tribus et leurs moeurs : les langues de ces populations indigènes rarement sédentaires, sauf si elles cultivaient du maïs et quelques autres plantes plus ou moins sauvages. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, la réputation des coureurs des bois ne recevait pas la faveur des occupants officiels des colonies, mais arrivait parfois à gagner la confiance de quelques familles amérindiennes. Vivre comme les peuplades primitives correspondait à se destiner aux affres de l'enfer, selon les évangélisateurs de ces contrées perdues. Heureusement que malgré tout, certains journaux de voyage ont été écrits et conservés, afin de témoigner des missions et aventures loin des conforts et préjugés de la vie rangée des bien nantis de l'ancien monde.
Ouvrage consistant d’historien, de style ethnographique, qui retrace la biographie de 10 francophones pionniers sur le continent nord-américain du XVIIe au XIXe siècle. Emerge ainsi l'histoire méconnue de l'Amérique du Nord francophone, effacée par l’hégémonie anglophone depuis la 2e moitié du XIXe siècle. Ces personnes sont des trappeurs, des commerçants, des guides, etc. Leurs liens avec les sociétés amérindiennes sont largement évoqués.
Je me suis un peu ennuyé, étant moins sensibles à cette culture qu'à celle de leurs hôtes indigènes. Mais c'est un ouvrage assez précieux, d'une grande valeur historique. La conclusion est intéressante et on peut commencer par elle. L’auteur y montre comment des catégories de personnes et de pensées se font suite durant cette longue période. Il y a eu un siècle durant lequel le français était répandu à travers tout le continent, jusque vers 1830 ou 1840.
En tant que personne qui habite au Canada et qui a travaillé toute sa carrière avec et pour les autochtones, ce livre a commencé à perdre sa crédibilité à partir de la section sur la terminologie, je me fous de sa justification d’écrire un livre au 21ème siècle qui utilise autant le nom ‘indien’ pour parler des autochtones… Ce n’est pas vrai que c’est équivalent aux autres termes.
Je me fous que ce terme soit encore utilisé en Europe ou aux États-Unis, ça n’autorise pas l’auteur de ne pas être à jour dans la terminologie et dans ses sources.
Par pitié, lisez du Michel Jean ou du Serge Bouchard (peuple rieur) à la place.
Ce livre donne le goût d’embarquer dans une machine à voyager dans le temps, direction Nouvelle-France, 1750. Difficile d’imaginer ce que pouvaient ressentir les voyageurs découvrant les Grands Lacs bordés d’immenses forêts vierges, ou arpentant les grandes plaines.
Quelle merveille que ce livre. Et quelle bonne idée de l’auteur d’aborder le sujet en présentant la vie de personnages méconnus ou n’ayant laissé que quelques traces dans les écrits d’autres contemporains. Les biographies de Toussaint Charbonneau et Étienne Provost, deux commerçants/trappeurs/interprètes analphabètes qui ont passé presque toute leur vie dans l’Ouest américain, sont particulièrement mémorables.
Se lit extrêmement bien, permet de remettre en question la vision d'une primauté de l'exploration anglo-américaine d'Est en Ouest du Canada et des Etats-Unis. Une galerie de portraits tous plus passionnants les uns que les autres.
Parfois complaisant sur les facettes sombres des trappeurs francophones et prêchant aussi inconsciemment qu'irrationnellement une vision d'une exploration/colonisation francophone moins destructrice que celle des WASP pour les communautés amérindiennes.