Des Caraïbes à la Papouasie, l’enchevêtrement inextricable des lianes entrave la pénétration coloniale. Premier obstacle à la quête de l’Eldorado et au régime des plantations, la liane est le serpent, l’hydre végétale qui, aux yeux du colon, fait d’une forêt vierge et tentatrice un enfer vert. Tout en torsions et contorsions, la langue fourchue des lianes ne peut sécréter qu’une sagesse de singe : un gai savoir qui convertit, l’espace d’une grimace, la douleur de l’oppression en éclats de rire. Dénètem Touam Bona met en scène la sagesse subversive des luttes « indigènes » contre la marchandisation intégrale du vivant, dont l’anthropocène n’est que l’ultime avatar.
Difficile à lire, cet essai m'a beaucoup plu malgré des passages que je pense n'avoir pas bien compris. Quelques traits qui peuvent donner envie de le lire : les lianes ont empêché les colons d'avancer trop profondément dans la forêt, l'écologie est une notion totalement abstraite des peuples qui vivent en harmonie avec leur environnement, le mot "paysage" n'a de sens que pour les occidentaux, les soulèvements contre l'esclavage ont été multiples et tous d'une certaine manière liés à l'art, la culture ou les plantes.
« Les forêts tropicales offrent rarement des points de vue dégagés – impossible de les dominer du regard ! – et, une fois qu’on y pénètre, le champ de vision se réduit brutalement, tant l’espace est strié par la profusion de végétaux et de formes indécises. Les peuples furtifs qui y vivent ont recours à l’ouïe davantage qu’à la vue, ils évoluent dans un monde de correspondances où le roucoulement d’un batara révèle le passage d’un tapir, où la mélodie d’un merle cacao signale la présence de fruits mombins. C’est dans cette logique musicale que puise ce texte qui, à l’image d’une liane, par ses tours et détours, entrelace des éléments hétérogènes. Il ne s’agit pas d’écrire sur les lianes mais avec elles […] Plutôt que des certitudes, un tremblement… »
« Si j’ai choisi la liane comme motif principal de cet essai, […] c’est pour rendre hommage au lyannaj (du créole lyan, "liane") des archipels de Martinique et de Guadeloupe : des pratiques de solidarité et de résistance qui s’inscrivent dans l’expérience historique du marronnage – les arts de la fugue des esclavagisés. Dans les Amériques et les îles de l’océan Indien, le rapport de soin à la terre est intimement lié chez les Afrodescendants à l’héritage des "nègres marrons", à l’usage libérateur de la forêt comme refuge, comme espace de camouflage et de reconstruction de soi. »
Dans cosmopoétique il y a poétique, et j’ai été étonnée d’en trouver autant, de la poésie, dans un essai. C’est cohérent avec le thème puisqu’on entre dans sa langue comme dans une jungle, en relisant les phrases plusieurs fois - une pour le plaisir de la sonorité, une pour commencer à comprendre, une pour se laisser transporter jusqu’au sens. Denetèm Touam Bona a fait du marronnage et de la fugue le sujet et la forme de son oeuvre, avec talent et extraits littéraires passionnants. J’ai laissé traîner cette lecture pour la savourer et me laisser imprégner par les chapitres, j’en ai beaucoup parlé autour de moi avec une difficulté manifeste à l’expliquer. Ce livre ne se résume pas, il se vit!
A maneira como ele aciona um repertório enorme de experiências históricas, artísticas e sociais pra pensar a marronagem com os cipós não é outra coisa se não cosmopoética. Um verdadeiro manifesto à fuga!
Livro lido no contexto da disciplina de Seminários Avançados em Teoria Antropológica II (SATAN II - PPGAS/UFSC)
Basicamente uma adaptação de "fogo nos racistas" que inverte a lógica para pensar "venenos e rasteira nos racistas". Muitas ideias. muitos caminhos. Gostei.
Une magnifique ode aux lianes – plantes de la furtivité et de la complexité, alliées de celles et ceux qui ont tenté de s’extraire de la servitude. Un appel à l’extraction du système en place, à la disparition complète et définitive, toujours aussi nécessaires et vitales aujourd’hui.