Membre du collectif Mwasi, cofondatrice de la revue AssiégéEs, Fania Noël est une des militantes qui ont lancé le mouvement afroféministe en France dans les années 2010. Dans Et maintenant le pouvoir, elle déploie le corpus théorique des féminismes Noirs et aborde des thématiques telles que la famille, la misogynoir, l’intersectionnalité, le néolibéralisme ou encore l’écologie. Puisant parfois ses exemples dans la pop culture ou analysant le traitement médiatique de certains faits divers, cet essai au style offensif dont les femmes Noires sont le sujet politique est une proposition afroféministe radicale pour toutes les conditions subalternes. Une réflexion qui ne vient ni demander ni réclamer, mais qui veut notifier un projet dont l’objectif est de faire advenir un monde nouveau, débarrassé des systèmes de domination.
"L'objet principal de ce livre est le pouvoir et son sujet politique, les femmes Noires." Dans ce livre incontournable, Fania Noël présente l'afroféminisme, ses enjeux et objectifs. Elle dresse des analyses pointues et nécessaires en puisant dans la théorie politique, dans son expérience militante et dans la pop culture. C'est un outil précieux pour penser les luttes féministes et antiracistes, nos odes d'organisation et nos revendications depuis les marges, dans une perspective intersectionnelle et internationaliste. A lire absolument.
Fania Noël ne déçoit pas à nouveau dans un bon petit essai qui s'intéresse à l'afroféminisme et aux luttes des femmes noires en France en développant un robuste argumentaire théorique pour des réflexions précises qui adressent les systèmes de domination à l'oeuvre dans la société.
Pour les personnes qui auront lu son essai précédent, Afro-communautaire : appartenir à nous-mêmes, cela s'inscrit parfaitement en continuité avec son travail qui réfléchit non seulement le racisme, le sexisme, la lutte des classes, l'écologie (et évidemment tout ça ensemble de manière intersectionnelle et dans un cadre théorique féministe Noir et matérialiste).
La seule critique que j'ai est que l'essai s'attarde parfois peut-être un peu trop longuement sur une oeuvre ou un moment comme synecdoque de critiques plus larges, ce n'est pas unique chez Noël, mais je trouve que ça limite toujours un peu la porté de la critique (mais après, on n'a pas le temps de critiquer, ni même de voir toute la production culturelle et on est obligé de passer par quelque part).
Certaines affirmations comme "[...] et diffusant une lecture assez islamophobe et fémonationaliste de la condition des femmes dans les pays du Moyen-Orient." (p.110 ce n'est pas la seule, c'est simplement la dernière que j'ai noté) doivent absolument pouvoir être expliquées ou justifiées et pas juste laissé là comme ça dans un essai ; j'aurais été intéressé· de savoir pourquoi parce que bien que j'ai beaucoup de critiques à faire au roman The Handmaid's Tale et à son autrice Margaret Atwood, ce n'est pas une observation qui me vient à la lecture de l'ouvrage, bien au contraire.
Une belle découverte qui permet de mieux cerner l'écosystème des feminismes Noirs. Une approche matérialiste des articulations entre classe, genre et race qui fait le lien avec plusieurs concepts clés pour penser le fascisme qui vient et les utopies à construire. Je reste un peu sur ma fin sur son approche du pouvoir qui est plus évoquée que définie.
Je repars avec pas mal de pistes de réflexions et cette très belle citation "Les mots sont importants mais sont-ils le commencement de nos luttes ?"
L'objet lui-même est beau : la qualité du papier, l'illustration, les couleurs lever de soleil... Cela change des ouvrages que j'ai pu lire récemment sur la question. Fania Noel alterne réflexions générales fondées sur des lectures afroféministes US (une ou deux refs à une féministe nigériane, à une féministe décoloniale) et exemples concrets pris dans les faits divers, des refs à des raps, ou encore des analyses d’œuvres (The Handmaid's Tale, série féministe "postraciale" avec des personnages de pouvoir noirs qui met en scène une femme blanche sauveuse de femmes noires VS livre : les afro-américain·es ont été déporté·es dans une lointaine colonie). Elle montre bien quelle place est à prendre par les afroféministes, qui doivent se battre avec la gauche (quand elle n'est pas masculine blanche, elle reste blanche) et des mouvements anti-racistes qui ne prennent pas nécessairement en compte le vécu des femmes noires -je pense au mouvement Justice pour Adama, par ex).
Alors pourquoi deux étoiles et pas trois ? J'ai eu du mal à saisir la structure du livre, je dirais. Je l'ai préférée quand elle analysait avec brio une série TV plutôt que quand elle... parlait du reste ? Oh, et le fait de citer un de ses propres tweets : je suis réservée.
Rque : elle fait référence à une traduction (Cambourakis ?) d'Adrienne Rich qui fait de la "compulsory heterosexuality" ou hétérosexualité obligatoire une "hétérosexualité compulsive" : euh, non ?)
bons remarques sur des mouvement(s) féministe, intersectionality, des rêves d’un futur, afro-féminisme, les répresentations aux médias, et plus. difficile pour moi en langue française 😭