"[...] Ainsi Péguy n'avait pas besoin d'aller au beau bras dessus bras dessous avec les artistes ; son art lui était dicté par le souci d'être vrai, et juste, ajusté à l'objet, et pur, même lorsqu'il ne montrait aucune complaisance pour l'adversaire et le rudoyait comme il croyait que ce mauvais esprit le méritait. Quand Péguy défendait ses positions, il le faisait comme on combat, non comme on joue, en n'accordant rien à celui qui n'avait pas le même objectif que lui. Il n'avait pas besoin d'être artiste, il était un vivant. Son art est le portrait de sa vie. - Et son oeuvre alors ? - Son oeuvre n'est autre que le témoignage de sa vie, comme lui "d'un seul tenant". En un mot, c'est une bâtisse - oh ! pas une construction ! - un travail de charpentier, de tailleur de pierre, de sculpteur sur bois, son propre maître d'oeuvre. Quand je le connus et que nous parlions de sa Jeanne d'Arc, il me dit qu'il lui prévoyait dans les "vingt-quatre volumes. - Vingt-quatre... ? - Voyez-vous, je voudrais que ce fût comme une cathédrale." Il avait toujours à cette époque - en 1912 - Chartres devant les yeux." Stanislas Fumet.
Charles Pierre Péguy (Orléans, 7 janvier 1873 ; Villeroy, 5 septembre 1914) est un écrivain, poète et essayiste français. Il est également connu sous les noms de plume de Pierre Deloire et Pierre Baudouin1.
Son œuvre, multiple, comprend des pièces de théâtre en vers libres, comme Le Porche du Mystère de la deuxième vertu (1912), et des recueils poétiques en vers réguliers, comme La Tapisserie de Notre-Dame (1913), d'inspiration mystique, et évoquant notamment Jeanne d'Arc, un personnage historique auquel il reste toute sa vie profondément attaché. C'est aussi un intellectuel engagé : après avoir été militant socialiste libertaire2, anticlérical puis dreyfusard au cours de ses études, il se rapproche à partir de 1908 du catholicisme et du conservatisme3 ; il reste connu pour des essais où il exprime ses préoccupations sociales et son rejet de la modernité (L'Argent, 1913).
"Voici le lieu du monde où tout se rentre et se tait, / Et le silence et l'ombre et la charnelle absence, / Et le commencement d'éternelle présence, / Le seul réduit où l'âme est tout ce qu'elle était."