Traduit de l'italien par Myriem Bouzaher À l'ère des fake news et autres faits alternatifs , il est revigorant de relire ce qu’Umberto Eco avait à dire sur le sujet. Avec sa clarté, et son gai savoir habituels, le grand écrivain italien déconstruit les notions de mensonge, de faux et de falsification, dont il a si souvent joué dans ses fictions. L’humaniste emprunte autant à l’histoire de la logique, à la philosophie du langage qu’à la littérature, pour nous parler d’éthique, de mauvaise foi, d’ironie et d'authenticité. Car encore faut-il connaître la vérité pour mentir tout en disant le faux. Eco nous rappelle que notre capacité à évoluer dans le monde avec sécurité se fonde sur le contrat social, et que notre meilleur allié contre les mensonges et les falsifications reste le temps puisque – presque toujours – celui qui ment ou falsifie finit par être découvert. Dans cet essai aussi bref que réjouissant, le grand intellectuel italien nous offre des clés pour démêler le vrai du faux.
Umberto Eco was an Italian medievalist, philosopher, semiotician, novelist, cultural critic, and political and social commentator. In English, he is best known for his popular 1980 novel The Name of the Rose, a historical mystery combining semiotics in fiction with biblical analysis, medieval studies and literary theory, as well as Foucault's Pendulum, his 1988 novel which touches on similar themes.
Eco wrote prolifically throughout his life, with his output including children's books, translations from French and English, in addition to a twice-monthly newspaper column "La Bustina di Minerva" (Minerva's Matchbook) in the magazine L'Espresso beginning in 1985, with his last column (a critical appraisal of the Romantic paintings of Francesco Hayez) appearing 27 January 2016. At the time of his death, he was an Emeritus professor at the University of Bologna, where he taught for much of his life. In the 21st century, he has continued to gain recognition for his 1995 essay "Ur-Fascism", where Eco lists fourteen general properties he believes comprise fascist ideologies.
« La page est peut-être un brin machiste, mais si l’on pense à l’aspect physique de Sartre, elle est plutôt pathétique. Qui sait comment était la jeune femme… »
Reconnaître le faux... à l’ère du numérique « Mensonge et vérité » était le thème de la Milesiana, le célèbre festival pour lequel Umberto Eco a écrit le texte « Reconnaître le faux ».
Qui, à l’ère des temps modernes, de la vérité (non fiction) et de la fiction narrative, à l’heure des contrefaçons et de l’ironie pourrait distinguer le faux du vrai ?
Parmi les thèmes les plus abordés et débattus dans l’histoire de la logique et de la philosophie du langage se trouve sans contestation aucune le mensonge. Déjà, en 1975, dans son Tratato di semiotica generale [Traité de sémiologie générale], Eco considérait comme signe « tout ce qui peut être utilisé pour mentir » Puis il considère qu’est signe tout ce qui peut être utilisé pour dire le faux voire pour dire ce qui n’est pas le cas dans le monde réel. Quand les platistes défendent que la Terre est plate dès l’antiquité, est-ce un mensonge ? Non, bien évidemment, le mensonge nécessite la non croyance. De ce fait, même si une idée est fausse, elle requiert une croyance pure et dure en cette théorie ainsi que des preuves solides. Tandis que si un rotondiste (celui qui croit que la Terre est ronde) infiltre une secte de platiste en disant « Oui, la Terre est plate. », cette personne aurait bel et bien affirmé la vérité connu de tous, mais elle aurait trahi sa dignité en mentant, en affirmant le contraire de ce à quoi elle croit. Selon Eco, « alors que dire le faux est un problème aléthique – et cela a à voir avec une notion d’aletheia c’est-à-dire de vérité -, mentir est un problème éthique, ou moral. » Il continue en disant qu’il y a possibilité d’être un menteur indépendamment du fait que l’on dise ou non la vérité. Cf. Othello de Shakespeare, cas du personnage Iago. Par ailleurs, nous pouvons nous intéresser au mensonge dans le monde de la littérature. Voir l’affaire Emile Ajar/Romain Gary. La vérité peut être classé, il y a des faits que l’on accepte sans discussion car leur vérification est plus ou moins simple. « Il fait beau ». La véracité de cette phrase peut être vérifiée sur la base de l’expérience personnelle : tu sors et tu observes, voilà la vérité. « L’acide sulfurique est H2SO4 », on assume que c’est vrai à partir de notions livresques. « Le massacre des indigènes d’Amérique peut être qualifié de génocide », c’est une vérité discutable, l’éducation étant une politisation de masse des pensées. Ou alors, « Napoléon est mort à Sainte-Hélène le 5 mai 1821 ». Il y a une différence entre dire le faux, mentir et falsifier. Pour des croyances religieuses ou spirituelles par exemple, la réfutation est très différente de ces « connaissances livresques, encyclopédiques » : un chrétien pense que le Saint Esprit procède du Père et du Fils (filioque) alors que c’est faux pour celui qui est musulman. De la phénoménologie du mensonge La simulation baroque Graciàn disait « seule la vérité peut conférer une authentique réputation ». Machiavel serait selon lui un valiente embustero, un valeureux menteur, il dit de lui que « la candeur [est] sur ses lèvres, et la pureté sur sa langue cependant il ne sort de sa bouche qu’un feu qui détruit et embrase les Etats. »
Machiavel, le célèbre auteur du Prince, prêche que pour survivre à son époque où censure et condamnation sont monnaie courante, il faut être excessivement prudent et réfléchi. Ce que soutient Machiavel est la réserve car pour dire la vérité il faut être juste. Et cette sincérité ne doit en aucun cas être employée dans son entièreté car « rien ne demande plus de doigté que la vérité, car c’est se saigner le cœur. Il en faut autant pour la dire que pour la taire. » « C’est une grande adresse dans la vie que de savoir vendre l’air. [Puisque] presque tout se paie avec des paroles. » Entre deux extrêmes que sont l’art de la discrétion et la modeste simulation, il n’y a qu’un pas. Graciàn et Machiavel sont, à priori, du même avis : il faut être le renard, la ruse donc, plutôt que le lion, ici le lion est synonyme de force mais aussi de domination. Enfin il symbolise les vertus de l’honnête homme.
La fiction narrative
Quand Kafka écrit que son personnage célèbre Gregor Samsa se réveille en un insecte monstrueux ou que Süskind décrit mille et une odeurs du point de vue de son criminel incompris, ils n’entendaient pas mentir. Ils feignaient que leurs narrations étaient réelles. A l’image d’un enfant qui feint, avec ses camarades, de faire la guerre alors qu’ils se jettent des marrons et non des grenades. C’est un monde de possibilité qui s’ouvre alors à nous dans ce qu’Umberto Eco appelle la fiction narrative : « on ne dit pas le mensonge pour que quelqu’un y croie, ni pour lui nuire » dans sa quête de vérité. La fiction a ses règles, le lecteur doit les accepter (géants stupides, nains, animaux parlants, magie, lieux irréels). Des signaux de fonctionnalité doivent être émis selon la fiction narrative : la phrase « il était une fois » est le plus évident mais il peut aussi s’agir d’un début de narration in medias res comme un dialogue. Il n’y a pas de signaux irréfutable de fictionnalité. Souvent, ce qui introduit la fiction narrative est un faux signal de véridicité : Les Nuits de la Peste (Orhan Pamuk) ou Les voyages de Gulliver. Le lecteur est certain qu’il n’y a rien de « vraisemblable dans le romanesque » dans la majeure partie des cas. Mais il se peut qu’une partie du public, après s’être baigné dans l’univers fantastiques et dans les références vrais au monde réel s’emmêle les pinceaux et se demande : quelle est la part du réel dans la fiction ? C’est aussi pour cela que l’« honnête » Iago, l’un des personnages les plus machiavéliques et maléfiques de l’œuvre de Shakespeare, se faisait souvent lyncher.
#Reconnaîtrelefaux #NetGalleyFrance Avant tout merci à NetGalley France et aux Editions Grasset de m'avoir permis de lire cet essai fort instructif écrit par Umberto Eco. Ce ne sont que 30 pages mais qui sont aussi denses qu'un livre dix fois plus épais. Il y a une différence entre dire le faux, mentir et falsifier, c'est à partir de là que toute l'étude va se faire. Les différents types de mensonges, lorsqu'il y a intention de nuire ou pas. La différence entre simulation et dissimulation. En quoi une fiction narrative n'est pas un mensonge. Comment la mauvaise foi et l'ironie modifient le rapport entre trompeur et trompé. Même étude entre original, copie et contrefaçon, et comment fournir des preuves d'authenticité. Dans notre monde ou fake-news et vérités s'entrechoquent, comment différencier les unes des autres. Un livre très intéressant.
#Recognizethefalse #NetGalleyFrance First of all, thank you to NetGalley France and Editions Grasset for allowing me to read this very instructive essay written by Umberto Eco. It's only 30 pages but is as dense as a book ten times thicker. There is a difference between telling the false, lying and falsifying, it is from there that the whole study will be done. The different types of lies, when there is an intention to harm or not. The difference between simulation and concealment. How a narrative fiction is not a lie. How bad faith and irony alter the relationship between deceiver and deceived. Same study between original, copy and counterfeit, and how to provide proof of authenticity. In our world where fake-news and truths collide, how to differentiate one from the other. A very interesting book.
Texte basé sur un discours qu'a donné Eco lors d'un festival.
Vous n'y trouverez pas de thèse sur le Faux. Rien d'original. J'hésite à dire que vous en apprendrez sur l'histoire du Faux. À vrai dire, vous noterez probablement une autre d'exemple à travers lesquels vous en découvrirez.
Bref, je vois difficilement cet essai comme autre chose que de l'étalage de culture et de traits d'esprits.