Dans la plupart des civilisations ou des milieux sociaux, l’idée de la liberté qui prévaut est de pouvoir se décharger de la vie matérielle, des tâches de subsistance : sur les esclaves, sur les travailleurs manuels et les femmes, sur les machines... Dans cet essai philosophique remarquable, A. Berlan ravive une conception opposée, subalterne, de la liberté portée par des mouvements paysans d’hier et aujourd’hui (zapatisme) : la prise en charge collective et égalitaire des besoins de base, des besognes nécessaires à la vie sur terre.
Contre le rêve de délivrance, le projet d’autonomie ; contre le libéralisme, le marxisme et notre société de services néo-domestique, la réappropriation de la part matérielle de nos vies.
Selon Berlan , l’humain dans son processus d’émancipation se trompe de stratégie. La délivrance des tâches quotidiennes ,autant matérielles que politique, a été le modèle promu de transformation sociale autant à gauche qu’à droite depuis l’avènement de l’industrialisation. Elle est promu par le désir de s’affranchir de notre reproduction sociale quotidienne et de notre pouvoir politique en l’offrant au marché en la délestant sur les classes populaires et les politiciens parlementaristes qui le font à notre place. Mais cette prémisse épistémologique construite est une erreur, elle nous place en positon de dépendance et non de liberté et est seulement possible par la domination d’une classe par une autre. Les détenteurs des moyens de productions, du savoirs, de l’argent ( source d’échange de toute commodités ) et de l’appareil d’état domine et exploite les classes populaires, en ce sens cette délivrance ce veut accessible seulement au classes dominantes, cette liberté n’est pas universelle. L’auteur appelle à une réappropriation de la liberté dans l’autonomie réelle par l’action quotidienne de la production et la reproduction de nos matérialité de subsistance basé sur des désirs et besoins à l’intérieur de la nécessité et de la sobriété. Pour résumer : une paysannerie autogérée et autonome dans un modèle décentralisé et à travers une démocratie directe. Il appelle aussi à lier action transformatrice locale quotidienne avec mouvement social révolutionnaire internationaliste voulant détruire la structure de la société bourgeoise, la fin unifiée avec les moyens. J’aurais tellement aimer lire ce livre il y a 20 ans. Seul bémol : aucune nouveauté, l’auteur nous offre littéralement une synthèse de la plupart des lectures importantes ayant comme sujet l’autonomie, la souveraineté alimentaire, l’agroécologie paysanne, l’autogestion et les courants libertaires du socialisme. Sa bibliographie est littéralement ma liste de lecture des 20 dernières années. 5 sur 5 pour le contenu mais 3 sur 5 pour l’ensemble de la critique.
Un livre inspirant, dont l'objectif est de transformer les imaginaires (en substituant celui de la délivrance par celui de l'autonomie). La lecture est facile, et le découpage permet d'aborder la problématique sous plusieurs axes avant une conclusion qui résume et amplifie le propos. Comme souvent dans les lectures de transformation sociale, c'est un livre qui s'adresse surtout à un public déjà acquis ou en questionnement (avec du vocabulaire engagé qui plaira ou non, ce qui ne change rien au fond du sujet).
Une belle déconstruction de la liberté. Ça m'a insufflé la notion que c'est important de dépendre d'une communauté poir ses besoins de base, en y contribuant.