Eddy, la trentaine, est veilleur de nuit. C’est un homme solitaire, renfermé sur lui-même, taciturne. A la mort de son père, en vidant l’appartement dans lequel il a passé son enfance, il tombe sur un « trésor » qu’il avait caché alors qu’il avait un peu plus de dix ans. Eddie en avait complètement oublié l’existence. Cette découverte va le replonger dans son enfance, et ce jour funeste où il a découvert le corps d’une SDF, morte seule dans la rue, sur un bout de trottoir….Eddy lui avait dérobé un photomaton…
Il décide de partir enquêter, avec les maigres informations dont il dispose, pour savoir qui était cette femme. Il se sent coupable d’avoir volé ces photos qui auraient peut-être permis de l’identifier, et de ne pas être enterrée dans l’indifférence générale et la solitude.
« Les gens font au mieux, tu sais. »
Solène a la plume parfaite pour ce genre de roman. Vous partez avec elle, sur les pas d’Eddy, elle vous emmène dans une histoire folle, douce, captivante, mais aussi bigrement dramatique. Combien d’anonymes sont-ils, dans la rue, ou chez eux, seuls, ignorés de tous, transparents ? Dans notre société qui tend à de plus en plus d’individualisme (et plus encore je trouve, depuis le covid), Solène nous donne une belle leçon d’humanité et d’empathie. Elle dose parfaitement son récit pour susciter de merveilleuses émotions.
Peu à peu, le lecteur découvre à la fois la vie d’Eddy, mais également celle de Rosa, la fameuse SDF qui n’a pas toujours vécu dans la rue. Eddy, qui va s’ouvrir aux autres, presque à son insu, dont le but premier (sa rédemption, associée à sa culpabilité) va se transformer au fil de ses recherches en quelque chose de bien plus profond et noble : rendre son identité et sa vie à Rosa.
« Il devait réparer, rendre à cette femme son nom et sa vie, faire reculer le néant auquel son larcin l’avait condamnée. Pour retrouver le sommeil. Et pour qu’elle trouve le repos. »
Les écrits restent, mais la parole s’envole. Eddie va l’attraper, cette parole, la conserver précieusement, puisqu’il enregistrera ses entretiens et discussions avec ceux qui ont croisés Rosa. Avec un vieux magnétophone, hors d’âge, comme Rosa, en fin de compte…
« Il faut beaucoup aimer les gens » est un roman lumineux, la plume de Solène est solaire, délicate, fraîche, agréable. Elle met en lumière les liens invisibles qui nous lient les uns aux autres, les vies qui se chevauchent sans qu’on s’en rende forcément compte. La construction nous promène entre hier et aujourd’hui, diluant l’espace temps pour mieux réunir les gens.
Les personnages ont tous le même point commun : cette solitude, qui pèse ou qui rassure, mais qui reste collée à eux comme leur ombre. A l’instar de Luciole, animatrice d’une émission radio destinée à accompagner et écouter les solitaires durant les longues nuits de désarroi. Seule, enceinte par accident, elle a pour projet d’abandonner son bébé à la naissance. Né sous X, Rosa, elle, est morte sous X. Rosa, qui a vécu une vie formidable. Vous allez l’adorer, j’en suis sûre ! Elle est le genre de personnage que l’on kiffe du début à la fin et qui manque une fois le livre terminé.
Solène nous dépeint des personnages dégageant une profonde humanité, pour lesquels le lecteur ne peut que ressentir énormément d’empathie.
Un roman que je ne peux que vous conseiller. Pétri d’espoir, malgré le sujet sombre…A découvrir, ne passez pas à côté !
« A quoi tient la vie ? A nos liens invisibles ; à nous, inconnus, qui, sans le savoir, sommes raccordés. A nos existences qui se percutent en silence. »
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