Les recueils de nouvelles sont par nature inégaux en qualité, et celui-ci ne fait pas exception. Ceux qui s'en sortent le mieux sont les vrais auteurs, les vieux pros qui écrivent de la fiction avant toute autre activité, c'est-à-dire: Patrick Sénécal, Ghislain Taschereau, et, dans une moindre mesure, Stanley Péan. Ils sont ceux aussi qui osent le plus jouer avec le concept du livre et s'amuser: Sénécal et Taschereau nous font rire avec leur capacité à se moquer d'eux-mêmes, et leurs textes sont très rafraîchissants (et même gonflé dans le cas de Taschereau).
Stanley Péan a une écriture qui charme par son classicisme, mais son histoire manque d'originalité, et il aurait pu se passer d'insérer dans son texte une critique complètement déplacée des chroniqueurs du Journal de Montréal, qui se trouve être le journal rival de celui pour lequel il a beaucoup travaillé, La Presse (et cette façon dont certains auteurs Québécois prennent pour cible le JdM avec comme but premier d'être "du bon camp" et montrer leur appartenance à la noblesse intellectuelle de la province, est assez nauséeuse, mais c'est une autre histoire).
Ces 3 textes ouvrent et ferment le recueil, et ce n'est pas un hasard. Car le reste... est en-dessous de ce qu'on aurait pu attendre, au niveau de l'originalité et de la qualité. Le fond du baril est atteint dans les textes écrits par des personnes qui sont des journalistes et personnalités de la télé québécoise davantage qu'elles ne sont autrices ou auteurs. Le texte de Nathalie Petrowski n'a aucun intérêt, et est même horripilant par sa description de la vie de star de l'autrice (on s'en fiche un peu, de savoir comment elle gère ses entrevues télévisuelles...). Même chose pour Annie l'Italien, qui se présente elle-même comme "Consultante en communications" et qui choisit de nous parler de son petit quotidien de Montréalaise à la vie dorée. Nathalie Roy, une autrice de "chick lit" et personnalité connue au Québec, livre le genre de texte auquel on s'attendrait: rempli de points d'exclamations, mais dénué de vrai contenu. D'autres textes sont tout simplement fades et s'oublient instantanément.
Le projet est sous la "direction" (ce qui signifie quoi exactement?) de Sonia Sarfati, une autre journaliste-autrice collaboratrice du journal La Presse, qui ne signe aucune nouvelle dans le recueil mais a probablement une bonne part de responsabilité dans le fait que ce qui était au départ une bonne idée a abouti à un produit aussi peu satisfaisant.