On habite un très vieil appartement, on y a passé la moitié de sa vie, entassé un prodigieux bric-à-brac, journaux, lettres, photos, livres surtout, des livres partout — et puis un jour on est viré, il faut prendre ses cliques et ses claques. Un déménagement, écrit Michel Leiris, c’est une « fin du monde au petit pied », et c’est aussi un jugement dernier : chaque objet, pour être sauvé, est sommé de dire son histoire — un vieux chapeau parle d’un lointain voyage au Texas et d’un auteur de best-sellers internationaux, un fossile d’une plage de sable noir, au bout de la Sibérie, où Tchekhov imprima ses pas, les livres évoquent les lieux et les temps où on les a lus, la bibliothèque devient lanterne magique. Les histoires se bousculent, des paysages se déploient, sortis de l’oubli. Quand en plus la rue d’où on est chassé est celle où fut publié puis traduit l’Ulysse de Joyce, où deux librairies célèbres voyaient passer les plus grands écrivains des langues française et anglaise ; quand l’injonction de vider les lieux vous tombe dessus au moment où une pandémie assigne tout le monde à résidence... alors on se dit que ce chambardement mérite peut-être d’être raconté. On écrit ce livre. O. R.
Olivier Rolin spent his childhood in Senegal. He then studied at the Louis-le-Grand high school and the Ecole Normale Superieure. He graduated in philosophy and literature.
He works as a freelancer of the French paper Libération and Le Nouvel Observateur. He was the companion of the singer Jane Birkin.
His work is inspired by May 68 and the proletarian Left, romantic adventures in Arabia, the writers Rimbaud and Conrad and his travels.
He received the "Prix Femina" for Port Sudan in 1994, the "Prix France Culture" for Tiger Paper in 2003 and the "price of Style" for The Meteorologist just now in 2014.
Comment transformer le traumatisme que représente un déménagement en une ôde à la littérature et au voyage? En écrivant ce roman, Olivier Rolin nous emmène en voyage dans sa bibliothèque, ses 7,000 ouvrages qu'il doit empaqueter et qui chacun lui rappelle les lieux où il les a lu. Cet ouvrage est à la fois un catalogue de littérature, où chacun retrouvera des idées de lecture, de voyage et même des inspirations de visite à paris dans ce quartier des écrivains/des éditeurs. Certains trouveront ce livre trop brouillon, certains seront perdus en raison des nombreuses listes ou digression (il faut aimer les parenthèses et autres tirets) mais j'ai personnellement adoré - surement mon amour pour la littérature russe, les trains et ma propre crainte des déménagements.
« Écrire un livre, c'est une affaire beaucoup moins dramatique que de soigner un malade ou un blessé, mais tout de même il y a de la vie et de la mort à l'œuvre. Ce à quoi on essaie de donner vie menace à chaque instant de périr. »
Grand admirateur de Jean Rolin, j’étais curieux de lire la prose de son frère Olivier. Dans son dernier ouvrage, j’y ai découvert un écrivain voyageur cultivé et lucide, ironique et mélancolique. Vider un lieu pour nous en faire découvrir d’autres, telle est la singulière proposition de son dernier livre. Chassé de son appartement par son propriétaire (et son éditeur, on comprend pourquoi il en a changé), l’auteur prépare son déménagement, fouille son domicile pour ressusciter des souvenirs et faire un insolite inventaire de sa vie. Avant leur mise en carton, les livres, les objets ou les photos qu’il a accumulés sont autant d’occasions de faire revivre des sensations oubliées, des images enfouies pour nous raconter des histoires autour du monde en faisant le tour de son lit. Et en ouvrant la fenêtre, il convoque également les fantômes littéraires ou commerçants du quartier de la rue de l’Odéon où l’appartement est situé. Globalement, je garde une bonne impression de ce livre. Cependant, quelques passages m’ont déplu ou moins intéressé. J’ai trouvé le début plutôt plaintif et autocentré avec la problématique du confinement qui vient plomber le choc du déménagement. Certaines digressions littéraires ne m’ont guère ému et même carrément ennuyé. Sinon, j’ai aimé la construction sautillante et désordonnée du récit. Olivier Rolin, en procédant comme Montaigne « par sauts et gambades », apporte une légèreté et une insouciance au propos qui s’oppose à l’injonction du déménagement. En multipliant les digressions, les rêveries et les parenthèses (je n’en ai jamais vu autant), Olivier Rolin m’a emporté avec ses histoires dépaysantes ou non, mais toujours charmantes. J’ai été impressionné par la précision envoûtante de ses souvenirs. Il ne manque pas non plus de drôlerie ou d’autodérision. Dans cette accumulation de textes sans souci de chronologie, je retiens particulièrement les lettres d’admiratrices reçues, les rencontres d’une vie ou d’un soir (celle avec Fanny Ardant m’a bien plu), les souvenirs familiaux et le journal tenu par son père pendant la Seconde Guerre mondiale, le passage sur Luc le coiffeur. J’ai également aimé les nombreuses évocations de la Russie dont l’auteur est fin connaisseur : souvenirs émouvants, récits de voyages insolites en train dans des contrées reculées toujours un livre à la main. Un livre d’un charmant désordre qui offre des perspectives plaisantes au pénible exercice du déménagement.
C’est ce que j’ai lu de plus mauvais dans ma vie et j’ai jeté le livre dans une poubelle à papier à l’aéroport, après l’avoir terminé lors d’un vol. L’auteur s’adore, c’est ce qu’on déduit du livre, pour le surplus, on ne comprend rien à ses propos décousus.