Au début des années 1990, Fabrice Neaud décide de dessiner son journal intime sous la forme d'une BD. Poussé par un de ses amis, il décide de la réalise au plus près des évènements retranscrits, pour éviter de se distancer des évènements, de prendre du recul. À l'époque, il sort des Beaux-Arts, il a deux trois missions d'artiste ici ou là, mais il n'est pas assez payé et galère au jour le jour. Le soir, il sort dans le seul bar gay de la ville moyenne où il habite, et tard dans la nuit, il va au parc pour du cruising. On y suit son quotidien de manière honnête, brute, et sans pudeur.
Le dessin en noir et blanc est super réaliste et très beau. Au fil des chapitres de taille inégale, on suit les interrogations de l'auteur. Dans le Journal 1, il rencontre Stéphane et tombe directement amoureux, mais celui-ci le rejette d'emblée. Il décrit, assez courageusement, la façon dont il s'humilie à essayer de le conquérir. Dans le Journal 2, on suit plutôt ses difficultés professionnelles. L'auteur est jeune mais sûr de lui, il a ses idées bien tranchées, mais ça ne l'empêche pas de se questionner sur l'amour ou l'art et c'est toujours assez passionnant à suivre, qu'on soit d'accord ou non avec ses points de vue.
On trouve des pages vraiment intéressantes sur le rapport de l'autobiographe avec la bande-dessinée : s'il dessine les personnages qu'il a rencontré (par ex. les mecs qu'il a croisé au parc), qu'en est-il du droit à l'image ? Dans la postface, l'auteur se représente vingt ans après et il nous explique toute la difficulté que cette controverse lui a causé, et qui a engendré des années de dépression. Ça donne envie de lire la suite de ce journal pour en savoir plus (même s'il annonce que son journal ne couvre pas vraiment cette période).