Quand j’ai vu qu’un roman de SF française avec un personnage principal ace venait de sortir, je me suis retroussé les manches. J’ai toujours des années de retard sur les nouvelles sorties, et, pour une fois, j’avais envie de soutenir un livre au moment de ses premières ventes. Après tout, le plus souvent, ce sont les traductions qui ont du succès. J’aime bien la SF, et j’aime que les personnages principaux soient ace. Bref, je me suis immédiatement lancée dans Prisme, malgré sa longueur conséquente.
On y suit Valence, qui vit dans trois réalités alternatives, qu’il nomme « fils ». Chacun a ses caractéristiques : la société du bleu est très raciste, celle du pourpre plus bienveillante, tandis que le lila stigmatise la différence − Valence y est enfermé en hôpital psychiatrique car enfant, il parlait des autres fils. Tous ont des anomalies que personne d’autre ne semble remarquer, il y en a un par exemple où le soleil ne se couche jamais, mais les personnes y parlent pourtant de la nuit, de leur envie de regarder des étoiles le soir, et vont commenter la couleur sombre d’un ciel pourtant éclatant. Valence a également la capacité de voir des monstres qui effacent l’existence des personnes qu’elles touchent.
Sa vie déjà hors-norme bascule lorsqu’il est poursuivi par une secte dont les membres voient les anomalies eux aussi.
Même si le concept est original, ce n’est pas le genre de départ propre à me plaire : je n’aime pas les livres où les personnages sont isolés. Pour ressentir des émotions, de l’investissement, j’ai besoin de voir leur attachement à leurs ami·es ! Heureusement, un étrange merle devient vite le compagnon de Valence, et l’amitié qui se construit entre eux m’a beaucoup plu. Valence rencontre également des personnes qui vont l’aider dans plusieurs réalités, et même si certaines n’étaient là que temporairement, leur soutien a redynamisé ma lecture.
Je reproche à beaucoup d’ouvrages de créer un suspense artificiel avec des ficelles scénaristiques pénibles venant retarder le passage de l’information aux lecteurices. On rencontre le grand mage qui peut tout expliquer au héros, mais non, il n’y a pas le temps ! Non, il faut garder le secret pour le bien du personnage – excuse nulle, c’est jamais bon d’être dans l’ignorance. Mais dans Prisme, dès que Valence rencontre quelqu’un qui a des informations, cette personne lui révèle tout ce qu’elle sait. D’accord, les paragraphes explicatifs sont un peu longs et abrupts, mais c’est un tel soulagement que de ne pas traverser ses ralentissements artificiels et frustrants !
De manière générale, le roman est un peu brut de décoffrage, avec des ficelles grossières et des évolutions abruptes. Les éléments sont bons, mais auraient mérité d’être amenés plus progressivements. Il en va de même pour l’antagoniste, aux motivations assez classiques, et qui les répète avec des formulations quasi-identiques – bon, ça, pour moi, c’est à la maison d’édition de repérer que le personnage dit déjà cette phrase exacte.
Le vocabulaire était un peu lourd, avec beaucoup de termes en majuscules, et, surtout, de synonymes. Je n’ai jamais réussi à retenir quel fil correspondait à quel monde, franchement, pourquoi ne pas juste avoir gardé la distinction fil bleu/pourpre/lila et leur avoir donné en plus le nom de Monde du temps et de… ah, j’ai déjà oublié les autres termes. Le Vagabond, les Choses, les Clefs, les Voyageurs, l’Observateur, la Façonneuse, le Prisme, le Traître – sérieusement, pourquoi la majuscule, c’est juste un traître quoi – ça faisait beaucoup. Et, alors que la narration est en point de vue interne – sauf sur deux lignes où on a le point de vue du merle – Valence est souvent surnommé « le pauvre homme » ce qui me faisait très bizarre, car on aurait dit que c’était lui qui se désignait ainsi…
La représentation asexuelle était correcte, on voit à plusieurs reprises en quoi ça affecte le quotidien de Valence, sans que sa différence ne tourne que autour d’enjeux romantiques. Ça reste très secondaire à l’intrigue, mais aussi parce que le personnage est très peu intégré à la société en général. Valence est également un personnage racisé qui rencontre pas mal de discriminations dans le fil bleu. Les amitiés qui se créent sont très sympathiques !
Prisme est un roman très original, et j’ai beaucoup aimé découvrir l’univers et les enjeux qui lui correspondaient. Les personnages sont attachants et leurs relations m’ont vraiment engagée dans l’intrigue, qui, quoique classique, était sympathique par son contexte différent. L’écriture m’a plu mais je regrette certaines lourdeurs niveau scénario.