Une patte graphique magnifique, une maîtrise remarquable du noir et blanc : les décors et les personnages sont vibrants de vie et de caractère. La mise en page sert son récit d'une façon presque cinématographique (mention spéciale à la scène d'orage p.31, avec cette foudre si visuellement présente qu'on en entendrait presque le tonnerre), récit qui est d'ailleurs à la hauteur des visuels qui l’illustrent. Si les personnages sont, pour certains attachants, pour d'autres détestables, tous sont marquants, et pas seulement grâce à leur apparence aux caractéristiques appuyées. J'ai vraiment été envoûté par cette histoire entre deux époques, dans ce village à cheval entre l'après-guerre et la modernité croissante, avec ses superstitions et ses secrets honteux. Le récit traîte de la différence, de ceux qui ressentent le besoin de la punir, et du désir de vengeance subséquent de leurs victimes. Il questionne le pardon, privilégie la justice, celle qui s'exerce quoiqu'il arrive.
J'ai un reproche cependant : les deux principaux personnages féminins (la Sorcière et en particulier Zelda), dont les designs sont intéressants, mais qui ne changent pas d'expression DU TOUT. Leurs visages restent pratiquement les mêmes à chaque apparition, et une fois qu'on l’a remarqué, ça devient difficile à ignorer, et même un peu ridicule. Surtout au milieu de tous leurs homologues masculins, plus expressifs les uns que les autres. Étant donné qu'elles sont dessinées pour être séduisantes, je suspecte que l'auteur craignait (consciemment ou non) de les "enlaidir" en infusant trop d'émotion dans leurs traits. Heureusement que ce sont des personnages actifs, avec une personnalité propre, sans quoi, il ne serait pas resté grand-chose pour les différencier de mannequins en plastique derrière une vitrine.