L’humain est souvent à la recherche de mystère et de fascination. Eh bien, nul besoin de s’aventurer bien loin. Il suffit de diriger son attention vers la boite crânienne qui abrite l’un des plus grands mystères de tous les temps : le cerveau humain. On dit qu’il y aurait autant de connexions neuronales dans le cerveau que d’étoiles dans notre galaxie. Il n’est donc pas étonnant que son fonctionnement et sa structure demeurent en partie occultes. Néanmoins, les avancées en la matière se sont accélérées grâce aux nouvelles technologies en imagerie cérébrale et en physiologie. Notre conception de l’organe cérébral a beaucoup évolué au cours de l’histoire, surtout depuis une vingtaine d’années.
Le présent ouvrage offre un condensé vulgarisé des plus récentes connaissances sur le sujet. Proposant d’abord un court historique des neurosciences, ce livre explore ensuite les différents aspects de l’anatomie et du fonctionnement du cerveau ainsi que l’intégration des fonctions cognitives. Une fois les connaissances sur le cerveau mises à jour, on aborde les maladies pouvant l’affecter. En dernière partie, l’ouvrage prend la forme d’un essai plus philosophique sur la nature de la conscience, les promesses de l’intelligence artificielle et l’influence des nouvelles technologies sur le cerveau.
Ce livre s’adresse à tous les curieux qui cherchent à mieux comprendre le cerveau, sa structure et son fonctionnement.
Jadis dans les pages de Mind & Language, Stephen Pinker, talonné par le philosophe Jerry Fodor, qui avait fraîchement descendu en flamme son How the Mind Works, laissait échapper, au terme d'une énième reply, un franc : non, nous ne savons pas comment l'esprit fonctionne. Le présent ouvrage, signé par un neurochirurgien québécois, rappelle par la dualité de ses parties un tel retournement. La première, qui met les pleins feux sur les deux thèses centrales des neurosciences - 1. le neurone est l'unité de fonctionnement fondamental du cerveau , 2. des fonctions spécifiques peuvent être localisées dans des aires données du cerveau - semble donner matière à pavaner. De chacune des couches protectrices, de la vascularisarion au tronc cérébral, noyaux et unités fonctionnelles corticales, en passant par la revue des lésions, infections et malformations, c'est à une galerie de connaissances corrélationnelles (parfois causales) tout aussi époustouflante et blasante qu'une aile de musée à laquelle nous sommes conviés. La seule modulation du tonus de la conscience par la représentation des états corporels en cours qu'opère l'hypothalamus à partir d'une synthèse préalable de ces états dans le tronc cérébral, vous laisse pantois d'admiration. Nous semblons en terrain ferme pour dire : enfin, on comprend.
Mais vient la 2e partie qui révise les attentes à la baisse. Un seul exemple éloquent : après avoir étudié pendant plus d'une décennie la 30 aine de neurones primaires (reliés l'un à l'autre en face à face de manière que, lorsque l'un s'active l'autre suit) responsable de la digestion chez le homard, sommes-nous en mesure d'en prévoir le fonctionnement, d'en dégager l'algorithme (cette suite d'instructions structurées par étapes que nous ont auparavant rendus familière les recettes de table)? Non. La tâche de prédire comment s'assemble pour une tâche comme répondre au téléphone une portion ou une autre des 17 000 mètres de connections neuronales associatives du cortex, fonctionnant sur un mode compositionnel avec d'autres tâches avoisinantes, relève encore de la fantaisie.
Parmi les raisons pour lesquelles l'assimilation du cerveau à un ordinateur échoue, aux yeux de l'auteur, à nous livrer le graal, figure qu'il n'y a pas, au sein du cerveau, un matériel indépendant d'un logiciel et relié à celui-ci par un langage de programmation (que Fodor s'était proposé de nommer le mentalais/mentalese). Hard- et soft-ware ne font qu'un dans le cerveau, se développe et se transforme comme un tout. Une autre raison est qu'à la différence des modules computationels qui réalisent séparément des opérations de traitement séquentiel (l'un prenant comme entrée la sortie d'un autre), les différentes aires impliquées dans les tâches intéressantes de la cognition (orientation de l'attention, acquisition, storage révision, utilisation et compréhension des connaisssances) fonctionnent sur le modèle du tir groupé, ou selon l'expression de Paul Cizek (dans The decline of the executive central), de la collégialité. Le module laisse place à un fonctionnement hodotopique.
L'auteur fait ensuite un panorama des différentes manières dont l'orgueil explicatif et prédictif blessé (le Non, nous ne savons pas comment l'esprit/conscience fonctionne, ni même comment le définir vraiment) se récupère et retourne en matériel noble de philosophie. Ma partie préférée de l'ouvrage. Une position est une forme de pan-psychisme, soutenue par physiciens et neuroscientifiques, d'après qui la conscience est une propriété de tout système physique complexe, et le cerveau humain, plutôt que d'en être la boîte productrice, en fait plutôt la captation et la rediffusion (comme une radio). Une autre est le mysterianisme, auquel le précité Pinker appartient. Nous ne disposons pas de l'équipement sensoriel, cérébral et autre adéquat à enregistrer et accéder aux propriétés de l'univers nécessaires pour répondre aux questions que nous savons non moins poser. Nous sommes condamnés à nous heurter constamment aux fantômes dans la machine (à des variables inatteignables mais qui sont diablement importantes). Enfin, il y a la position du cerveau producteur de la conscience, la plus connue, et sa version, notamment défendue par Damasio, mais appelée à beaucoup de réincarnations, l'embodiment. Le cerveau est un organe qui ne produit de conscience qu'en tant que réceptacle d'innombrables impressions corporelles, se modifiant de concert avec elles. Une lecture quelque peu ardue par moment mais qui remplit la promesse, semble-t-il, contenue dans le sous-titre : tout ce que nous savons sur le cerveau, simplifié et vulgarisé.