L'ouvrage est une critique du capitalisme, évidemment, en construisant son argumentaire sur la façon dont ce dernier crée des besoins artificiels et nous retire des choses qui sont essentielles. En effet, le premier chapitre parle du droit à la nuit, qui illustre à merveille le problème, dans le sens où il n'est plus possible d'avoir de véritables nuits dans les grandes agglomérations à cause de l'éclairage urbain, ce qui est inutile mais vendu comme nécessaire, tout en perturbant nos cycles circadiens en plus de perturber les écosystèmes autour de nous.
À partir de là, Keucheyan part dans la théorie critique des besoins, ce dont je suis particulièrement friand car elle pose la question du pourquoi du besoin au lieu de prendre le besoin comme s'il était inné. Dans la continuité, Keucheyan va aller dans les conséquences de la création des besoins et de l'aliénation qui en découle, dans la mesure où le capitalisme induit une société où il est impossible de combler tous nos besoins car ils deviennent distinction sociale. La distinction sociale étant une donnée non quantifiable, elle ne peut être qu'infinie, donc on sera à la recherche de toujours plus de distinction, ce qui, dans le cas là, consistera en la recherche de nouveaux besoins à combler, et à les combler. Or, dans un tel contexte écologique, c'est doublement néfaste. Dans les conséquences de cette aliénation, les troubles obsessionnels compulsifs sont abordés d'une manière intéressante.
Dans une dernière grosse partie, Keucheyan parle de la révolution à produire contre cet état de la société, et des outils à mettre en place, comme le municipal libertaire cher à mon cœur. Mais pas seulement, il évoque la nécessité de concevoir, collectivement, la façon dont les besoins de tous doivent être comblés d'une manière cohérente avec l'écologie, citant le communisme du luxe de la Commune de Paris vis à vis de l'art.
Le livre est de taille moyenne (201 pages) mais est un peu cher (18€). Néanmoins, il est très très intéressant et donne des clés de compréhension du besoin et de la production que j'ai trouvé très adaptées, bien que j'en partageais déjà la majorité, mais pas de la même façon.