Comment une communauté politique qui n’a pas le contrôle d’un État, ni même d’un territoire arrive-t-elle à avoir une emprise sur elle-même? Comment s’organise-t-elle pour avoir le pouvoir d’agir sur son devenir ? Cet ouvrage montre comment les Acadiens du Nouveau-Brunswick se sont constitués en communauté politique structurée en grande partie par un réseau d’organismes et d’institutions. Il examine comment les projets politiques collectifs acadiens sont nés et se sont modifiés au fil du temps. L’organisation sociopolitique des Acadiens a progressivement permis à cette minorité d’acquérir le pouvoir d’influencer les autres instances qui ont une incidence sur ses conditions d’existence, tout en assurant une régulation interne du groupe et en participant à la définition de ses contours et au maintien d’une certaine cohésion sociale. Cette manière de vivre ensemble est cependant mise au défi dans le contexte actuel caractérisé par la multiplication des porte-paroles et les questionnements d’inclusion identitaire.
L’Acadie politique de Michelle Landry est une synthèse solide et très claire de la construction sociopolitique de l’Acadie du Nouveau-Brunswick. L’autrice montre bien comment, sans État propre, l’Acadie s’organise politiquement à travers ses institutions, ses associations, ses luttes (notamment autour de l’éducation) et, plus tard, la judiciarisation après 1982. La périodisation aide vraiment à comprendre les ruptures et les continuités, et le livre éclaire bien la transition des années 1960, la pluralisation des acteurs, et les tensions contemporaines entre cohésion et inclusion.
Réserve principale: le cadrage provincial, très utile pour suivre l’action politique, peut aussi donner l’impression que “l’Acadie politique” se confond naturellement avec le Nouveau-Brunswick, ce qui laisse moins de place aux dynamiques diasporiques et interprovinciales. Malgré ça, c’est une lecture recommandée pour quiconque veut comprendre l’Acadie au-delà des symboles et du folklore: ici, on voit les mécanismes du pouvoir, pas seulement le récit.