Chroniques félines tokyoïtes à lire le dimanche quand il pleut, ou les autres jours de la semaine aussi, si vous voulez.
Nosaka aime les chats. Ses chats, ou ceux du quartier, ceux qui traînent, ceux qui sont abandonnés, ceux qui mènent une carrière de modèle dans les vitrines de plusieurs boutiques de la rue, en échange d'un peu de nourriture.
Nosaka aime les chats, et il les regarde toute la journée : il les voit dormir, manger, admirer les oiseaux, il les regarde interagir avec sa chienne, entre eux. Il regarde et il commente, tout, les moindres détails, les moindres actions, et se laisse porter par ses observations à des pensées plus lointaines : souvenirs du Japon et de ses traumatismes historiques, évocations du temps qui passe, en emmenant ses enfants loin du nid familial, et en l'approchant chaque jour un peu plus de la mort. Chaque destin tragique félin sera un memento mori, une occasion de nous rappeler que nous-mêmes, comme Neige, comme Dada, ne sommes pas immortels.
Car les frontières s'effacent, entre humains et animaux, sous la plume de Nosaka. L'anthropocentrisme est une vision si peu poétique ; autant préciser, en écrivant, si une personne est un chat ou si elle est humaine, plutôt que de supposer que le sujet soit forcément bipède.
Un regret : c'est dommage de vouloir gommer les barrières entre humains et animaux, tout en conservant soigneusement celles existant entre les hommes et les femmes. Apparemment, la misogynie demeure une caractéristique tout à fait humaine. Dommage, dans un univers si serein ; à chaque développement expliquant que les femmes qui conduisent sont si maladroites qu'elles étaient les plus à même d'écraser des chats, ça me collait le hoquet.
La pensée prime sur la méthode d'écriture : elle virevolte, s'attarde sur des détails, se répète, et aboutit à la création de petits portraits, de petits textes, qui s'abordent presque plus comme des textes poétiques indépendants que comme des chapitres ou des nouvelles. L'écriture est dans le détail, dans le calme, dans la tendresse, jusque dans les descriptions les plus crues.
Ce n'est pas un livre à mettre entre toutes les mains. Il ne s'y passe, pour ainsi dire, rien. C'est à prendre comme une leçon de sérénité, ou à laisser de côté pour passer à autre chose.