" En enseignant en Segpa à des élèves âgés de 12 à 16 ans, je savais que je ne façonnerais pas des ingénieurs, des médecins ou des avocats, mais des manutentionnaires, carreleurs, tourneurs-fraiseurs ou professionnels de l'aide à domicile – des prolétaires sans qui tout s'effondrerait, mais que la société méprise, maltraite, sous-paye et exploite. En revanche, j'ignorais tout de ce que j'allais recevoir en retour : des leçons de vie en pagaille, des souvenirs impérissables et un sens à mon métier. " De 2016 à 2019, Rachid Zerrouki, connu sous le nom de Rachid l'instit sur Twitter, a été professeur à Marseille en Segpa, une section où se retrouvent les collégiens dont les difficultés scolaires sont trop graves et persistantes pour qu'ils suivent un cursus classique. Bien souvent, lorsqu'on recherche l'origine de ces difficultés, on découvre des drames, de la précarité, des vies marquées par l'adversité. Enseigner à ces élèves a entraîné Rachid Zerrouki à résoudre de nombreux dilemmes pédagogiques : ils ont les compétences pour lire La Sorcière de la rue Mouffetard et la maturité pour s'intéresser à Orgueil et Préjugés. Alors, que faire ? Insulter leur intelligence ou consumer leur confiance en eux ? En côtoyant au quotidien ces adolescents, Rachid Zerrouki a remis en cause sa formation et ses convictions. Dans ce livre d'une grande humanité, il dévoile son attachement envers l'école publique et partage tout ce que ces élèves lui ont appris.
Une première fois, car c'est un livre que je ressortirai de la bibliothèque, à coup sûr, tant il a encore des choses à m'apprendre, à me proposer comme expérimentations, des choses qui me permettent de voir et viser plus loin ou au contraire qui me ramènent sur le plancher des vaches quand je m'emballe.
Bravo Rachid Zerrouki pour ce livre qui sort du cœur mais qui n'en oublie pas d'être un très bon ouvrage de vulgarisation sociologique sur ces élèves trop souvent méprisé•es, y compris par celleux qui, fatalistes, pensent qu'il ne faut jamais leur en demander plus.
L'école est un terrain d'apprentissage sans fin, même pour les enseignants et ce livre rappelle qu'au-delà de la théorie et des beaux discours, on a le droit de se tromper en essayant de faire progresser nos élèves. Et tous les jours ne seront pas roses, c'est évident, mais vu que nous avons des élèves devant nous et non des tranches de jambon, ils seront, au minimum, toujours différents.
Ce livre est un témoignage et une réflexion sur la difficulté à enseigner à des jeunes en grandes difficultés scolaires.
Professeur des écoles puis professeur en SEGPA, Rachid Zerouki s'interroge dans ce livre sur sa pratique et ses convictions . Il le dit lui-même en introduction, il veut « donner à voir et à ressentir » ( citation qu'il emprunte au sociologue Bernard Lahire) .« Je veux ici rendre au problème de la difficulté scolaire la complexité qu'il mérite, raconter le poids qu'il représente, les destins qu'il malmène et les cicatrices qu'il laisse dans les esprits. »
Les classes de SEGPA ( section d'enseignement général et professionnel adapté) accueillent des collégiens « dont les difficultés scolaires sont trop graves et persistantes pour qu'ils puissent emprunter un cursus normal. » L'enseignement y est adapté, les effectifs allégés, et, à partir de la 4eme, la part des enseignements généraux est réduite au profit de la découverte des milieux professionnels.
L'auteur a exercé 3 ans dans ces classes, à Marseille, et nous parle de son expérience. Nous rencontrons par exemple Kaïs et le sourire artificiel qui ne le quitte jamais, Dylan le soigneur de cafards, Nathan et sa violence impossible à maîtriser, Selma la Star, Damien et bien d'autres. Points communs à tous ces ados : leurs difficultés bien sûr, mais aussi tout ce qui se cache derrière et que Dylan exprime par une question qui fait mal : « Monsieur, pourquoi est-ce qu'on est nuls ? » Dans le chapitre « Qui sont-ils ? », Rachi Zerrouki évoque origine ethnique, structures familiales souvent détériorées voire inexistantes , pauvreté, mal logement, « carences éducatives et autres maltraitances de toutes natures », déterminisme social…
Le livre mêle des épisodes concrets de vie de classe et une profonde réflexion sur la pratique pédagogique et tous les théoriciens et pédagogues de tout poil qui souvent vous expliquent « comment donner à manger mais jamais comment donner faim ».
« A moi, l'école a tout donné » dit Rachid Zerouki et son livre est aussi un témoignage de son attachement à l'école publique.
Un livre qui tient sa promesse : de montrer, sans juger ni proposer de solutions. Finalement Rachid Zerrouki décrit son expérience de professeur de SEGPA de façon relativement factuelle. Le livre est bien écrit, clair et agréable à lire malgré la gravité du sujet. Il est également érudit, proposant de nombreux points d'entrée sur des approfondissements ou des mises en contexte avec l'actualité, sans jamais se faire trop lourd ou insistant.
J'ai eu peur au milieu du livre qu'il ne s'égare sur les chemins du gauchisme militant, mais au final, sans cacher ses idées, il reste concentré sur son témoignage, ce qui est le plus important selon moi dans ce livre en particulier.
Je pense que ce qui m'a le plus touché, quoique nous évoluions dans des contextes légèrement différents, c'est de voir au travers de ses questionnements et de ses évolutions, mes propres questionnements et évolutions professionnels, peut-être un peu mieux retranscrites que si je l'avais fait moi-même. Une très bonne lecture en ce qui me concerne.
Un livre passionnant et émouvant, qui s'interroge sur la meilleure manière d'enseigner à des élèves en grande difficulté et aux vies cabossées. J'ai adoré la sincérité et l'engagement dont fait preuve l'auteur, qui rend compte de ses questionnements, de ses erreurs, de ses moments de désespérance, mais aussi de la joie qui, parfois, advient... Les portraits des différents élèves sont attachants, certains bouleversants. Je pense que je me souviendrai longtemps de ce livre et que je le conseillerai autour de moi.
Emouvant, intéressant. On suit le quotidien de ce professeur de SEGPA. On fait le lien avec son propre rapport à l'école. On apprend à connaître ses élèves, sans pathos mais avec sensibilité. Un très beau livre, drôle aussi souvent. Un auteur à suivre.
Très intéressant mais parfois un peu lourd avec beaucoup de références. Très attachant mais j'attendais plus d'anecdotes, quelque chose de plus personnel. Plus un constat et un essai sur la segpa qu'un journal de bord qui raconte au jour le jour.
Si vous avez envie de découvrir sous un autre prisme l'enseignement en classe de SEGPA, ce livre est fait pour vous (attention, ça donne envie de chialer).
Très belle histoire entre un professeur et ses élèves, instructif et touchant. Il permettait à certains de mettre un peu plus d'empathie dans leur métier
Prof en segpa, plein de doutes et d’humanité Rien de vraiment neuf mais ça fait tellement de bien de partager ces doutes, d’être parfois rassurée sur ses choix, parfois portée pour aller plus loin.
'Personne n'éduque autrui, personne ne s'éduque seul, les hommes s'éduquent ensemble, par l'intermédiaire du monde.' * 'L'amour de la connaissance et la soif de savoir sont des caractéristiques inégalement réparties selon les classes sociales, et les enfants qui atterrissent en SEGPA n'ont pas hérité de ces dispositions.'
Dans 'Les Incasables', Rachid Zerrouki raconte les classes SEGPA, ses efforts pour tirer le mieux des ados écartés de la filière générale et royale car trop orphelins, trop peu soutenus, trop spéciaux, trop fragiles socialement.
La vérité, c'est que les classes SEGPA sont encore trop souvent des voies de garage regroupant des élèves aux besoins spéciaux mais hétérogènes. Il fait part de ses hésitations à partager cette vérité à ces jeunes ados qui bien que conscients de leur différence, ont encore (ouf !) des rêves et des étoiles dans la tête : doit il leur avouer que pour eux, vétérinaire, c'est mort, ou les maintenir dans l'illusion pour ne pas les briser ?
Je m'attendais à un roman plutôt qu'à un essai socio (aux accents politiques) et j'ai donc été un peu déstabilisée au début de cette lecture. Les réflexions sont intéressantes, mais peu de solutions sont proposées.