Il existe « un cri du silence » comme il existe des silhouettes sans visage et des visages sans voix. En Afghanistan, depuis longtemps déjà, l’oiseau noir de la peur paraît s’être juché sur l’épaule des femmes. Du monde libre qui est le nôtre, nous les imaginons invisibles et muettes sous la burqa, condamnées à la misogynie aveugle, recluses dans le poing d’une domination archaïque. Pourtant en Afghanistan, comme ici, des femmes lisent et écrivent. Des vers. Des chants. De la poésie. Des mots qui ouvrent en elles, et autour d’elles, un espace de liberté où ce qui est interdit, tabou, bafoué, vient sourdre comme une source à la surface de la terre. Les langues se délient. Les corps parlent. L’âme trouve une voix. Et l’eau de leurs poèmes irrigue le monde d’une espérance que l’on n’attendait plus. Oui, le courage des femmes dévoile ici son vrai visage.
Born in Téhéran in the year 1967, Anvar is daughter from a iranian father and a french mother. She's journalist, translator, researcher and lecturer in conferences about persian literature.
Quel bonheur de lire de la poésie persane! On découvre des poétesses de langue persane d'Afghanistan du 10e siècle à nos jours. Elles écrivent sur l'oppression que subissent les femmes mais également sur l'amour qu'elles portent à leur pays et sur leurs désirs et amours. Les poétesses ont des plumes puissantes et très émotionnelles, utilisent des images tellement magnifiques, ont un vocabulaire riche. Les métaphores de l'oiseau et des saisons (printemps vs. automne) reviennent régulièrement. Tout comme la passion semblable à une brûlure. L'anthologie est bien construite également : note de l'éditeur, préface, chouette postface, une explication sur les choix de traduction, les biographies des poétesses, la pronunciation de certains sons,... Beaucoup de travail autour de ce livre.
La richesse de la langue persane et ses magnifiques métaphores sont les raisons de mon amour croissant pour la poésie persane. Je laisse ici le poème intitulé "Le printemps et moi" de la poétesse Ferechta Ziyâyi, p.185 :
"Moi aussi, j'ai en moi, pour l'éternité La sensation du bourgeon qui éclôt Moi aussi désormais au cœur de la tulipe rouge J'ai la tête tournée vers la plaine sans fin
Au milieu des fleurs blanches à peines écloses Je dis bonjour à la vie Et je hume la brise printanière Chaque bourgeon encore vert
Tantôt avec le nuage d'argent Où que je passe, en pleurs Tantôt avec une jeune pousse au jardin J'attends, impatiente, le vent et la pluie Moi, les yeux tournés vers mon monde nouveau Je porte le chagrin d'être loin de mon nid."
superbe anthologie, des poèmes très touchants qui transmettent vraiment bien les émotions des poétesses. j'ai adoré découvrir la poésie afghane à travers ce livre !