Je réfléchis depuis longtemps À la forme maximale de cruauté Mais je n’ai rien trouvé d’autre qu’une journée et une nuit et une autre journée et une autre nuit
Laura Vazquez propose à travers cette anthologie une sélection de poèmes, dont certains inédits, publiés entre 2014 et 2021. À travers une écriture alerte et dépouillée, ses poèmes évoquent des thématiques essentielles telles que le corps, le langage ou les êtres humains. Les images qui tissent sa poésie construisent un univers animiste qui hypnotise et bouscule notre vision du monde et de sa réalité, donnant à entendre l’une des voix les plus singulières et percutantes de la création poétique contemporaine.
Née en 1986, Laura Vazquez est poète et a signé un premier roman, La Semaine perpétuelle (Mention spéciale du prix Wepler 2021). Ses poèmes ont été traduits dans de nombreuses langues, et elle donne régulièrement des lectures publiques en France ou à l’étranger. Elle co-dirige la revue littéraire Muscle.
Laura Lisa Vazquez, born in 1986 in Perpignan (Pyrénées-Orientales}, is a French poet and novelist. She lives in Marseille. She was a resident of the Villa Médicis in 2022 and received the Goncourt prize for poetry in 2023.
J’ai donc lu cette anthologie réunissant des poèmes de Laura Vazquez, poète dont j’attendais beaucoup, mais qui m’a profondément déçu. Car Vazquez souffre d’un mal similaire aux poètes comme Milène Tournier ou Rim Battal : leur poésie, qui a la vocation essentielle à être récitée publiquement, selon leur propre manière de la psalmodier – poésie élémentairement égotiste –, tombe à plat une fois inanimée sur le papier ; le lecteur se retrouve face à un corps de mots froid, disposé là et qu’il tâte désagréablement comme l’on tâte la peau gelée d’un mort. Pour être moins macabre, je dirai qu’on a le sentiment d’être passé après la fête, d’arriver une fois le spectacle achevé. Un goût de frustration intense qui n’est pas à la hauteur du génie poétique qui se terre dans l’âme de Laura Vazquez, pour qui j’ai beaucoup de considération – ce qui m’a d’autant déçu. Écoutez-la parler, discuter de ses œuvres ; elle en parle avec une telle passion qu’elle foudroierait n’importe quel amateur de poésies, qui instinctivement ouvrirait les pages des Astropoèmes ou de La Semaine perpétuelle. Il serait odieux, mais surtout injustifié, de prétendre que Vazquez est de mauvaise foi et qu’elle est une poète semblable à tant d’autres qui s’essayent à la performance mais qui, finalement, ne sortent jamais du lot et ne sont que des noms dans une masse quasi informe ; Vazquez, je l’ai dit, a le génie en elle, le génie poétique, et mon estime, malgré la déception de ma lecture, reste intacte. J’en attends davantage ; j’attends que Vazquez s’éloigne de cet écueil de la performance qui réduit à néant la lecture. Performance et poésie destinée à la lecture ne sont pas incompatibles en ceci qu’on peut très bien écrire l’une et l’autre ; il manque à Vazquez d’écrire une œuvre réellement dédiée à la lecture et qui ne soit pas entachée par les séquelles de la performance.
"dans certaines cultures on n'ensevelit pas les morts dans la ville on les brûle au loin parfois la douleur touche au vol"
"quelqu'un ne supporte pas les yeux les yeux sont genre des animaux sur le visage"
"donne-moi ton numéro je rêve de t'envoyer un message pur le reflet du soleil sur une pierre toutes ces choses continueront à s'entasser petite douleur super normale"
"je voulais juste boire du café comme les personnes classiques mais j'ai regardé ma tasse et elle était pleine de sortes de chiennes"
Une poésie sans doute très complexe à saisir. J'ai mis du temps à prendre mes marques et comme je n'étais pas convaincue d'avance, j'ai aussi beaucoup lu en diagonale. Je retiendrai un motif de bébé qui revient et qui me parle particulièrement. Une mise en page des vers qui donne beaucoup de place à la respiration, qui crée pour le lecteur un parcours de page en page. Des poèmes à feuilleter, qui se déploient dans l'espace du livre et dans des terrains mentaux que je n'ai pas l'habitude de parcourir.
Je lis peu de poésie mais ce recueil, découvert grâce au Podcast bookmaker, vaut le voyage. C’est incarné, organique, corporel, diablement phénoménologique. On évolue dans un univers sensoriel où les choses fondent, tombent et se fendent, il y a quelque chose de kafkaïen, une inquiétante étrangeté qui certes me glace mais aussi qui accueille lea lecteurice avec tendresse. J’ai donc très envie de découvrir ses romans.