L'injonction à la maternité est un sujet qui m'interpelle, et en tant que femme qui ne veut pas d'enfant et pour qui la vie de mère parait pour le moins indésirable il y a longtemps que je me dis que je ne dois pas être la seule, qu'il doit bien y avoir un certain nombre de femmes qui, sans pouvoir l'avouer, regrettent d'avoir fait des enfants. Nos sociétés occidentales sont certes évoluées sur le sujet, et la liberté de procréer nominale, mais à mon sens cette idée de liberté totale des femmes sur le sujet est illusoire. Il y a trop de pressions sociales et sociétales sous-jacentes pour que la décision soit prise en toute conscience. Une personnalité dont j'ai oublié le nom a un jour dit qu'il y a trois types de femmes : celles qui sont faites pour être mères, celle qui sont faites pour être tantes et celle qu'on ne devrait laisser s'approcher d'un enfant sous aucun prétexte. Si c'est le cas, et je pense que ce constat n'est pas loin de la vérité, je me trouve fermement dans la seconde catégorie, et si j'apprécie énormément d'avoir des neveux et nièces, je suis aussi très attachée à ma liberté et n'envisage pas de troquer mon temps libre (notamment mon temps de lecture) contre une dévotion totale à un autre être humain (car dans notre société éclairée où la contraception est un droit, si tant est qu'on fasse des enfants, il est attendu d'être une mère parfaite).
Bref, lorsque j'ai découvert qu'enfin quelqu'un avait écrit un livre sur le sujet, je me suis jetée dessus. Le livre se lit facilement et rapidement mais (et cela l'auteure le dit elle-même dès l'introduction) n'est finalement qu'une collection “anecdotique” de l'expérience de 10 femmes. J'espérais un peu plus de “théorie” psychologique et sociologique finalement, et Mal de Mères ne fait qu'effleurer les raisons plus profondes de ce mal-être (relations compliquées avec leurs propres mères et injonctions sociétales notamment). Il y a un passage qui mentionne la différence de traitement entre pères et mères quant à la garde des enfants, la société acceptant tacitement qu'un père quitte le domicile familial ou bien se “contente” d'une garde minimale de ses enfants, tandis qu'une mère doit par définition se sacrifier pour ses enfants, quand bien même elle aurait la certitude qu'il vaudrait mieux pour eux que le père en ait la garde. Encore une fois, c'est une réflexion que je me suis souvent faite, et j'aurais apprécié que le sujet soit plus approfondi.
Cet ouvrage est intéressant néanmoins, et j'espère qu'il ouvrira le débat et encouragera la publication d'ouvrages plus fouillés sur le sujet car, comme le dit l'auteure dans la conclusion, légitimer ce sentiment et lever le tabou permettra à plus de femmes de vraiment choisir librement d'avoir des enfants ou pas, et peut-être de briser le cercle vicieux qui veut que certaines mères reproduisent inconsciemment le schéma de leur propre enfance carencée.