Rosy a 90 ans mais ne s'en souvient pas. D'ailleurs, depuis quelque temps, elle en a 62. La mémoire en naufrage, elle ne peut plus se raconter. Alors c'est sa fille qui prend la parole. Pour la retrouver, fixer des instants de vie, évoquer la relation fusionnelle qui les lie, l'inversion progressive des rôles et ce qu'il reste d'humour et d'amour malgré la réalité brutale de l'effacement de soi.. S'appuyant sur des souvenirs d'enfance, elle ouvre un territoire où le passé et le présent cohabitent, et tente de restituer la vie simple et la personnalité de celle qui était un modèle de force active, d'excentricité et de joie de vivre.. La Mère à côté , c'est l'hommage lumineux et bouleversant d'une fille à sa mère, écrit dans l'urgence de lutter contre l'absence. Mais, au-delà de l'expérience personnelle, l'auteure donne une valeur collective à son récit, en tentant de répondre à cette question : que signifie pour une femme de vieillir ?.
Je ne pensais pas aimer ce livre autant que je l'ai aimé, tout simplement car je croyais le connaître un peu avant de l'avoir lu . Je lis tout ce qu'écrit Thael sur Rosy, sa mère, depuis plusieurs années. Je sais sa capacité à nous la faire connaître au-delà de sa maladie (Alzheimer), de son âge. Alors quand elle m'a dit qu'elle allait publier un livre sur le sujet, ça m'a paru tout à fait naturel. La mère à côté, déjà j'adore le titre. Je vous parle du titre car il dit beaucoup de toutes les facettes du texte et ce n'est pas toujours le cas . C'est en même temps la mère à côté de ses pompes (allemandes, bien sûr), mais aussi la voisine qui se met à partir promener son chien un peu trop souvent. C'est aussi la mère qu'on aurait pu avoir si seulement. Celle de la copine, plus discrète, plus dans les clous. Et puis ce titre, ça peuple l'ehpad. Rosy c'est la mère à côté de la chambre d'une autre femme, d'un autre homme (mais il y a quand même surtout des femmes, souligne-t-elle). Ça dit cette volonté de sortir Rosy de la case dans laquelle on voudrait bien la ranger chaque fois qu'elle est malade ou diminuée. C'est ce dernier aspect du livre, découpé en petites parties qui se répondent et parfois ricochent, qui m'a le plus touchée, car au-delà de nous raconter par petites touches des scènes de vie avec sa mère, l'autrice nous parle de comment Rosy s'est située dans le monde au fil de son existence, dans son couple et dans la société, et comme la société, le moment venu de devoir l'aider, la soigner, a oublié sa singularité. Là elle généralise à bon escient, parle de la vieillesse des femmes et de leurs maladies de femmes . Si bien qu'en croyant lire pour en savoir plus sur l'autrice et sa mère, on pense immanquablement à nos mères, à notre futur, à nos filles.
D’abord déroutée par le style de l’auteur qui m’a happée quelques pages plus loin, je me suis finalement vite liée à cette fantasque Rosy. On s’attache très fort à ce personnage au fil de ces brèves de vie, au coeur de la maladie, qui nous font sourire, rire, mais surtout nous touchent et nous emportent. Un récit bouleversant, alternant passé et présent, qui nous transporte et nous présente une belle Rosy toujours sur le fil de sa réalité. L’amour et la fierté imprègnent cette histoire ; on en ressort émus. C’est un bel héritage d’une fille à sa mère.