Une belle méditation sur l'intranquillité et son surgissement dans nos vies.
" C'est parce que cette naissance avait perforé ma vie. Je pouvais la prendre dans tous les sens, à présent, ma vie avait un trou. C'était le trou de l'inquiétude. Un gouffre au bord duquel me précipitait la seule pensée de cet enfant et l'amour sans nom qui me liait à lui. Ce trou était le revers de la grâce. Il creusait aussi profond que la hauteur où ma joie culminait. L'une et l'autre, joie et inquiétude, étaient comme la grâce: incommensurables. [...] Alors oui, si Dieu arrive au monde comme un nouveau-né, son projet ne peut pas être de nous préserver du risque et de l'inquiétude. Avec l'Evangile, comme avec toute naissance, commence l'irréductible intranquillité". p.63
"Rien ne laisse plus intranquille qu'une rencontre. Qu'elle génère de l'agacement, de la passion, un trouble, une reconnaissance, une dette, une familiarité inédite, une étrangeté dérangeante, la rencontre laisse dans son sillage un visage et des questions irréductibles. Question légères qu'on aura semées au premier virage, questions lancinantes qui nous hanteront longtemps: qui est cet autre dont je n'arriva pas à oublier le visage et dont les paroles me rattrapent dans le silence ? Qu'est-il venu semer dans ma vie? On ne sort jamais indemne de l'épreuve d'altérité, à moins bien sûr de toucher sans se laisser toucher, de parler sans entendre en retour, de contourner ce qui en l'autre est inédit". p.84
" La vie, comme un maître d'école intransigeant, nous fait refaire bien souvent l'exercice de la déception, de la confiance perdue, en l'autre ou en soi-même. Et pendant que la vie nous exerce à repasser par cette douleur-là, l'Evangile nous exhorte à remiser, à recommencer, à continuer, à marcher, à prendre le risque de toucher et de se laisser toucher". p.85