Voilà un ouvrage d'une rare qualité, écrit par Jean-François Nadeau, qui manifeste encore une fois qu'il a un des esprits les plus intéressants de notre époque au Québec. Formés de diverses chroniques qu'il a écrites au fil des dernières années et qu'il a bonifiées, en plus de textes inédits, Nadeau ratisse large sur les inégalités sociales et fait mouche à chaque fois. En partant du principe du rapport au temps, l'historien de formation débute son ouvrage de manière fort élégante en présentant comment la mesure du temps et sa fragmentation est essentiellement une invention industrielle à l'usage des riches et puissants. Les thèmes abordés dans le livre sont trop vastes pour en faire ici un inventaire, mais tout y est pertinent pour nous rappeler la violence inouïe du capitalisme et la souffrance obscurcie dont on n'entend que trop peu parler. L'érudition de Nadeau ne cesse d'épater: le livre est dense en faits historiques avec lesquels des liens sont faits avec le présent. Toutefois, il ne se contente pas que de vulgariser, exposer, faire des liens et arriver à des conclusions ou poser des questions incisives. Nadeau maîtrise sa plume comme nulle autre et chaque paragraphe est un charme à lire. La beauté de son écriture vient, au moins, adoucir la laideur des mécanismes à l'oeuvre dans notre monde.