Ce livre est composé de deux contes.
Par rapport à Chanson Bretonne, il s’agît d’un conte très descriptif, l'auteur se souvient de son enfance en Bretagne, au nord de la France, et nous fait part de ses histoires de vie, de ses parcours par ce pays si particulier.
Les descriptions géographiques sont minutieuses, les références historiques (que nous avions vues semées dans les livres d'histoire) nous font plonger dans des années lointaines, et à travers lesquelles on arrive à mieux comprendre l'esprit breton, ses mœurs, la fidélité de son peuple envers leur pays, ajouté à l'avis de l'auteur par rapport à la politique, la situation sociale et le côté écologique, nous font réfléchir à plusieurs reprises.
Le conte contient des chapitres exquis, tel celui de Mme. Le Dour. "« Pauvreté » ne serait pas le mot juste, c'était le sentiment d'un lieu hors du temps, oublié du monde moderne. Oui, comme entrer dans un dessin."
Un chapitre à part qui mérite toute notre attention, surtout celle de ceux qui aiment les langues, est celui de la langue bretonne. Cette langue régionale, qui est en train de disparaître telle qu'elle était parlée auparavant, semble avoir une cadence spéciale dont la musique nous accompagne tout le long des récits.
L'un des chapitres, dont le titre est en langue bretonne, s'appelle Breizh atao. J'ai fait une petite recherche et j’ai lu qu’en français cela veut dire « Bretagne toujours ». C'est un nom utilisé par différentes revues parues entre 1918 et 1939, ainsi qu'en 1944. Depuis août 2010, un site internet nationaliste breton a également utilisé ce titre, avant d'être fermé sur demande du gouvernement français. Par extension, le terme « Breiz Atao » a servi à désigner les autonomistes bretons durant l'entre-deux-guerres. Et ceci nous donne une idée de ce qu'on lira après.
La cuisine bretonne et aussi présente et on peut quand même goûter les plats dans notre imagination.
En plus, notre propre enfance se voit reflétée là, même si nous habitons dans d'autres pays et à d'autres époques.
Quelques citations: «(…) il me semble qu’aucune leçon d’histoire ou de géographie ne pouvait nous enseigner».
«Le monde a changé, c’est entendu, il a remplacé ses coutumes et ses costumes, il a un peu oublié sa langue. Mais si quelqu’un joue du biniou, (...) tout ce qu’on a cru disparu reviendra.»
«La nostalgie n’est pas un sentiment honorable. Elle est une faiblesse, une crispation qui distille l’amertume. Cette incapacité empêche de voir ce qui existe, elle renvoie au passé, alors que le présent est la seule vérité.»
«Le choix est aujourd’hui sans doute plus facile, mais non moins héroïque. Il faut résister non seulement aux difficultés matérielles, mais surtout à la pression affective, au dédain général dans lequel sont tenus les paysans.»
En ce qui concerne L’ENFANT ET LA GUERRE, Le Clézio raconte ses expériences vécues pendant la Seconde Guerre Mondial lorsqu’il était tout petit (il est né en 1940). La famille avait était séparée : son père ne pouvant pas retourner de l’Afrique-Équatoriale où il était médecin, sa mère reste à Nice (occupée par les Italiens) avec ses deux enfants et ses parents dans un tout petit appartement.
« Les enfants ne savent pas ce qu’est la guerre » dit-il, mais il se souvient qu’il se passait quelque chose. Il raconte la peur des bombardements, qu’il qualifie comme « une peur sans visage, sans nom, sans histoire », le manque des choses élémentaires dont la nourriture. Il se souvient surtout de ça, de la faim. Il parle de tout, de l’occupation allemande, de ses souvenirs de son ami Mario qu'il voyait comme un enfant qui jouait avec lui et d'autres amis, mais en même temps il appartenait à la Résistance italienne. "(…) on ne peut pas être vraiment un enfant quand on est né dans une guerre." Et ce sont ces événements qui vont le marquer pour toute sa vie jusqu’à présent.
Quelques citations :
"La vie moderne nous a habitués aux images de la destruction."
"Les enfants devinent l’imaginaire. Ils l’aiment parce qu’il est parfois délicieux d’avoir peur."
"La mémoire est un tissu fragile, facilement rompu, contaminé."
"Je n’ai pas choisi ce cri. Je n’ai pas choisi cet instant. C’est cela la guerre pour un enfant. Il n’a rien choisi."
"Quand on parle de la faim, la plupart du temps ceux qui en parlent l’ont connue de l’extérieur. Moi, je l’ai vécue de l’intérieur."
"Non pas un creux, mais un vide, au centre de mon corps, tout le temps, à chaque instant, un vide que rien ne peut combler, que rien ne peut rassasier."
"(…) une rancoeur, le sentiment confus d’avoir été trompé, d’avoir vécu dans un mensonge général".