Dans ce récit plein d'humour, Iegor Gran, de son vrai nom Iegor Siniavski, raconte la longue traque du KGB pour débusquer l'auteur d'essais anonymes traduits du russe et parus en France, textes jugés subversifs et anti soviétiques.
Plongeant dans l'histoire personnelle de ses parents et après de longues recherches sur ces années 1960 en URSS qui marquaient la fin des purges staliniennes et une légère ouverture avec l'arrivée de Khrouchtchev au pouvoir, l'auteur dresse le portrait d'un KGB aux abois qui va mettre six ans pour identifier enfin les coupables : André Siniavski, père de l'auteur, et son ami Youri Daniel , tous deux condamnés à des années de Goulag.
La bonne idée de Iegor Gran est de faire raconter l'histoire par le lieutenant Ivanov, membre de ces fameux « Services compétents » du KGB, pas un mauvais bougre , juste au service d'une idéologie qu'il défend bec et ongle contre la subversion occidentale ! L'exposition nationale américaine inaugurée par Nixon où la population se presse pour découvrir machines à laver et automobiles, les exemplaires clandestins du Docteur Jivago de Pasternak, les copies pirates de jazz sur plaques de rayons X (le « jazz sur ossements » !), jusqu'à la coupe Babette, « sorte de choucroute désinvolte sur le dessus du crâne », portée par Brigitte Bardot dans le film « Babette s'en va-t-en guerre », qui fait fureur à Moscou….La tentation occidentale est partout et notre Ivanov est débordé. Tous les représentants du KGB évoqués sont réels, ils ont signé le formulaire de perquisition chez les Siniavski.
Le roman mêle histoire familiale et peinture souvent cocasse de la « réalité socialiste » . C'est drôle, caustique, rempli d'anecdotes ( l'hommage rendu à Maurice Thorez, la liste des cadeaux reçus par Youri Gagarine, la dépouille de Staline retiré du mausolée de la place Rouge …). Un très bon moment de lecture .