« Quel mot ? Quel récit ? Quelle poésie pourrait boucher ce trou dans ma tête ? Mon cahier de vocabulaire s’est vidé, et cela bien avant l’explosion. Je continuerai à faire l’économie des mots. Je choisirai uniquement de vivre, je sais si bien le faire. Je souris, je mange, je danse, je dors et je pleure. Dans cet ordre, comme je l’ai appris, j’organiserai mon existence. »
Entre Beyrouth, le Sud-Liban, la Palestine, la Côte-d’Ivoire et Paris, Samar Seraqui de Buttafoco entrelace la petite et la grande histoire, l’intime et le collectif. Elle explore ce qui se passe quand on sort de sa condition et restitue la vie sans bruit des femmes – celle de sa mère, la sienne.
Dans une langue maîtrisée, puissante et sans pathos, son premier roman est une invitation à cheminer vers notre propre liberté.
C’est le livre d’une liberté acquise et apprise. Samar nous livre ici intiment et avec beaucoup d’humilité le récit de sa vie. Une introspection avec des mots justes et tranchants. A travers ces lignes, des moments intimes et des fragments de vies qui nous figent et nous basculent. Le mélange des origines, le chamboulement des cultures nous emmène dans le monde de Samar. Il est beau et injuste parfois. Il y a clairement un avant et un après, et puis la liberté prise et la nécessité de soigner ses plaies. Il y a une part infime des blessures de guerre et les fantômes du passé. Samar nous livre une leçon nécessaire sur la quête, l’Histoire et notre héritage avec lequel on choisit de vivre ou non.
Il m’ait assez difficile de mettre des mots exacts sur ce roman, cette histoire. Samar nous offre un récit rempli d’intimité. C’est comme si je lisais un journal intime, un carnet où elle a retranscrit, de manière libre et spontanée toutes ses émotions, ces ressentis, tout ce qu’elle a pu garder au fond d’elle-même pendant toutes ces années. Mais ce côté intimiste était aussi déconcertant, car on reçoit les informations par bribes, dans un ordre dicté par l’autrice, parfois des informations détaillées ou profondes, et parfois on survole simplement le sujet. Ainsi, on ne sait jamais si elle a accepté de tout nous confier, ou si elle garde encore une partie secrète.
J’ai trouvé plusieurs points marquants dans ce roman, tout d’abord l’amour pour sa famille. L’auteure nous parle de ces parents, son papa, sa maman, avec tant de respect et d’admiration, cela m’a beaucoup touché. En racontant des anecdotes de leur jeunesse, et des obstacles qu’ils ont dû surmonter, elle nous ouvre encore une fois une porte de son intimité familiale, mais j’aurais peut-être aimé en apprendre plus sur toute la famille, comme ses frères par exemple, qui sont un peu moins présents dans le récit.
Également, la manière dont l’autrice nous contextualise chaque période, chaque fait, est très intéressant. Sa famille, son monde, sont ancrés dans une histoire plus large, mais tout aussi compliqué. On suit alors l’histoire de pays, de peuples, de paysages différents. Mais toutes ces différences ont construit cette famille, tout comme elles l’ont détruite. Une chose est sûre, tout nous amène au final de son roman, tout est préparé pour ce moment, qui est le plus intimiste de tous.
Ainsi, même si j’ai trouvé ce roman un peu déconcertant au premier abord, de par sa chronologie décousue, et le choix des informations données, ce roman est intimiste et assez intriguant. On se sent très proche de l’autrice en le lisant, en essayant de la comprendre. Je vous le recommande si vous appréciez cet aspect dans la lecture.
Samar est née en Côte d'Ivoire, elle est Palestinienne par son père et Libanaise par sa mère. Elle se souvient de son enfance plutôt heureuse dans son pays de naissance mais, dès le départ de sa famille vers Beyrouth, ses souvenirs ne sont plus aussi doux. Elle nous raconte tout, sa famille, son immigration, ses études à Paris, la pauvreté, la guerre et la situation des femmes au milieu de tout ça. Car c'est bien ce dont il est question dans ce roman, de ces femmes qui vivent sans bruit. De sa mère, d'elle-même et de toutes les autres.
L'écriture franche et concise du récit nous plonge rapidement dans l'univers de l'autrice. Avec ses paroles puissantes, elle mélange la petite histoire de sa famille et la grande Histoire du Moyen-Orient. Par son récit, elle se donne la liberté de contredire et de faire du bruit.
4,75/5 Récit très touchant sur la vie de l'autrice et sa famille, entre le Liban, la Côte d'Ivoire, la France. Les informations arrivent dans le désordre en fonction de ce qui vient à l'esprit de Samar. On a l'impression de lire un journal intime ce qui rend la trame encore plus prenante. J'ai adoré lire les témoignages de ces tranches de vie.
À travers son parcours personnel, l'autrice met en avant énormément de thématiques sociétale et géopolitiques différentes (conflit israélo-palestinien, la discrimination subie pas les sud-libanais, le racisme, le sexisme, la santé mentale etc) Excellente lecture !