*Aucun livre n'est parfait, et les systèmes de quotation me gosse en cliss. De toute façon, on ne peut pas résumer un livre comme ça juste avec des scores, ça vaut beaucoup plus*
Hier, en finissant ma journée, je me suis rendu.e au Raffin sur la Plaza en catastrophe pour m’acheter le tout nouveau bouquin de Valérie Roch-Lefebvre.
Certains voient, dans la littérature québécoise abordant les traumas, une facilité, une non-pertinence, une non-littérature (vision à laquelle Marie-Pier Lafontaine réponds avec brio, je trouve, dans Armer la rage chez Héliotrope). J’ai passé ma lecture au complet dans ma chambre, éclairé.e par une lampe de chevet, avalé.e par le noir. Dès les premières pages, je suis retourné.e à l’arrière, dans cette ancienne vie où chaque demeure était cette chambre. Cette chambre qui abritait ce mythique couteau. Ces blogues où on parlait de suicide à cœur ouvert. La tête dans le four de l’une des sœurs Lisbon, et cette résolution avec laquelle elles procèdent tous, aussi jeune, à retirer au monde qui les oppresse les dernières onces d’elles-mêmes.
Quand les policiers m’ont regardé m’habiller dans ma chambre, à seize ans, pour que je ne tente rien de fou, cet ambulancier qui m’a dit «je comprends pas que tu ne veux pas vivre, la vie est belle», cette infirmière qui m’a traité d’ingrat, mon père qui m’avait dit pas game et voulait m’engueuler sur l’étage de psychiatrie, des membres de la famille, dans la chambre verte, qui monologuait de leur déception à mon égard.
Toutes ces conséquences à ce concept de chambre. Chambre à laquelle on est assignée parce qu’on nous apprend si vite à être adulte, à porter un regard dur sur nous-mêmes. À nous évaluer avec des standards farfelus. Les mots qu’on se garroche dans le miroir en attendant la fin. Mais aussi, cette euphorie, cette manie écrasante qui avale tout sur son passage dans des moments de trop grands éclats. Qu’on rampe ou qu’on court, les dégâts sont les mêmes.
Quand j’ai terminé le livre de Valérie, j’avais le motton, je suis resté un moment dans un état cathartique. Vide. Ce n’est pas une lecture plaisante. Vous ne sourirez pas. Vous ne rirez pas. Fun fact is, nous non plus. On paramètre beaucoup, la panique aux yeux, chaque micro-interaction. On juge avec votre voix, on vous fait parler sans que vous le sachiez. Ce livre, c’est le couteau.
Je ne prétends pas que vous pourrez trouver votre plaie. Je ne prétends pas que vous comprendrez. Mais assurément, vous aurez vu. Comprendre et voir, deux concepts différents.
Vous aurez vu, oui. Et en ce sens, le talent littéraire de Valérie n’est pas à faire. Et elle fait partie de cette grande lignée de femmes de lettres québécoise qui traite du trauma, et qui ont raison de le faire.