Après mes années de lycée, j’ai intégré une classe de prépa moyenne dans une préfecture de province. Il y avait plusieurs classes de prépa de toutes sortes. Après avoir vu la différence énorme de travail nécessaire entre une terminale S et une classe de prépa, je me suis mis à bosser, bosser comme jamais. A la fin de l’année, parmi tous mes camarades brillants, je me suis retrouvé avant-dernier de la classe. Tous ces jeunes hommes et jeunes femmes étaient l’élite de la classe moyenne supérieure de l’année 2002. Les meilleurs de cette génération n’étaient même pas là mais dans des prépas à Paris, Lyon ou Bordeaux. Parmi tous ces gens que j’admirais, tous ces grands esprits, parmi toutes les classes, toutes filières confondues, un seul, pas deux, un seul a réussi à entrer à Polytechnique. Il était le meilleur parmi les meilleurs, le degré ultime du raisonnement, de la connaissance et du travail intellectuel. Cela m’a choqué qu’il n’y en ait qu’un. C’est ce jour-là vraiment que je me suis rendu compte des différents degrés d’intelligence. Celui-ci est inégalement réparti parmi les hommes. Vous pouvez être un intello dans votre village et le sous-doué d’une classe préparatoire. Jean Marc Jankovici est un de ces hommes qui ont fait X, il fait parti de ceux-là. On le comprend en lisant l’ouvrage. Ce type brillant arrive ainsi à compacter dans une BD plus d’informations que je ne pourrais assimiler en une vie. En quelques pages, il nous fait comprendre les enjeux, les tenants et les aboutissants du changement climatique en citant des chercheurs, en donnant des exemples et en vulgarisant des phénomènes abscons. C’est vraiment très intelligent tout en restant agréable à lire.
Ce qui manque à cet ouvrage pour un Français moyen qui relâche 11t de CO2 par an, c’est une liste de solutions concrètes à la fin : une sorte de recap simplifiée. Ma propre solution tient en 3 mots : frugalité non contraignante. Quelques exemples : ma soeur adore parcourir le monde. C’est sa passion. Elle culpabilise assez de son bilan carbone alors elle est devenue végétarienne. Elle ne fait pas de courts séjours mais reste plusieurs mois sur place, se déplaçant alors de manière plus écologique. Pour ma part, voir Venise, New York ou grimper le Kilimandjaro m’importe peu, par contre je céderai bien volontiers devant un faux-filet avec des frites maison. Alors, j’ai supprimé l’avion. Je ne pars pas loin. J’ai la chance de pouvoir voir ma ville avec l’oeil du touriste chaque jour, m’émerveillant de détails non remarqués avant, de la luminosité du soleil ou de la beauté d’un passant. Aller au travail à vélo ne me dérange pas au contraire. Acheter des vêtements d’occasion, des livres usagés, des meubles de récup, du matériel de sport à la recyclerie me convient tout à fait tout comme manger local et de saison. Donc pour ma part, je peux être frugal sur à peu près tous les domaines de la vie sans être malheureux si on me laisse manger mon magret au poivre tranquille. Pour ma soeur, elle peut être frugale sur tout, nourriture comprise si on ne l’empêche pas de crapahuter au Canada ou en Malaysie. C’est ma théorie de la frugalité non contraignante : se fixer un ou deux domaines sans lesquels vous ne pouvez pas vivre de manière sereine et être frugal sur tous les autres domaines qui vous semblent dispensables.