Dans un aéroport, une femme attend : son époux s'est absenté un instant. Ismaïl est chirurgien, Médée est sculpteuse. En escale à Paris, ils partent pour Sydney, mais l'embarquement de leur vol vient d'être clôturé, Ismaïl ne reviendra pas, et Médée se fige. Mariée depuis vingt-cinq ans, Médée n'a cessé de célébrer leur couple, comblée par la naissance de ses enfants, assumant sa vie de mère et l'édification d'une oeuvre remarquable, elle ne pouvait pas imaginer une telle chute. Immobile, elle va circonscrire le sas où l'a placée la violence de l'abandon, et s'installer dans une chambre de l'hôtel attenant à l'aéroport. Sur un fil, funambule, Médée s'apprête à traverser le miroir. Car plus fortes que son corps dévasté, que ses sombres pensées, ses mains vont se saisir encore une fois de la dramaturgie humaine, d'une boule de terre extraire le geste, la trahison, et dès lors les comprendre. Ainsi apparaît la puissance d'une femme, sa résilience, et l'échappée absolue que va lui offrir son art.
Je voudrais commencer cette revue par une citation de Yasmine CHAMI : Medée qui parle à Tanya, la réfugiée Iraquienne, « j’ai donné les clefs de ma vie à cet homme rencontré trente ans plus tôt, il me les a rendues, mais je ne sais plus m’en servir. J’ai honte de souffrir ainsi, face à toi qui as tant perdu, un mari, un fils, ton pays, ta famille… » C’est très puissant comme déclaration d’une femme qui s’est sacrifiée toute sa vie pour élever ses enfants et assurer bonheur, confort et amour à un mari qui ne le lui a pas rendu comme elle l’aurait souhaité durant leur vie commune et qui l’a plaqué sans prévenir comme un moins que rien dans des circonstances lamentables. Ce roman est un cri du cœur qui décrit avec brio la descente aux enfers de Medée et termine sur sa belle renaissance prouvant à tous que la vie continue et l’amour est à portée de main, il suffit d’aller le chercher. 4 ⭐️
"Elle sculpte ces histoires de constructions éventrées par le surgissement du hasard. » Je ne sais pas si je suis hermétique à la poésie ou si certains écrivains aiment les phrases noueuses.
Yasmine Chami est une autrice marocaine érudite, sa biographie l'atteste. Elle est normalienne, anthropologue et a occupé différentes hautes fonctions.
Médée chérie est le premier roman que je lui lis. On y retrouve un Maroc poétisé, un Tanger tel que raconté par les orientalistes, où l'on accueille dans des villas somptueuses surplombant la Méditerranée des amis pour déguster des mets fins. Médée est née dans l'une de ces familles. Elle rencontre le beau Ismaïl. Ils tombent amoureux. Lui, neurochirurgien en herbe, sauve des vies ; elle sculpte des créatures en pierre, bois et métal. Trente ans plus tard, Médée se retrouve seule dans un aéroport. Sidérée, elle revit les hauts moments de sa jeunesse et ce qui a fait d'elle ce qu'elle est aujourd'hui.
Le roman est court. Pourtant, on sent que la même idée a déjà été dite plusieurs fois de suite. Le sacrifice, le don de soi, l'effacement pour l'autre. Le thème de base est vieux comme le monde. Une femme se met en retrait pour le bien-être de sa famille, valorise la carrière de son époux pour se retrouver, àun certain âge, abandonnée. Cela est dit ici avec beaucoup de poésie et une flopée de figures de style. Mais cela reste une banale histoire de trahison de couple.
Pourtant, cela sonne faux. Médée a certes dû organiser les dîners entre amis qui, dans leur simplicité d'apparence, nécessitaient une maîtrise absolue des détails. Mais Médée était aisée. Avait de l'aide. N'avait pas de soucis de fin de mois ou de destination de vacances. Oui, le travail d'Ismaïl est plus valorisé. Mais Médée a exposé dans les plus grands musées du monde. Ce qui suppose un travail continu, une reconnaissance, une organisation, un réseau.
Oui, on a mal au cœur quand on est abandonné, riche ou pauvre, vieux ou jeune. La perte de l'amour, des repères, du rêve d'un futur nous anéantit. Mais ce n'est pas la déchéance totale. L'autrice en est consciente, d'où le clin d'œil à Tanya. Le thème principal est donc banal. Ce qui rend ce livre assez spécial est sa plume : poétique, recherchée, avec un rythme lent et un ton introspectif. Quand on est un peu moins porté sur cette lenteur, on peut s'ennuyer. Je me suis un peu ennuyée.
Un début de récit prometteur, une écriture impeccable mais qui use trop des digressions pour étaler sa richesse linguistique et ses références culturelles, jusqu’à user la patience du lecteur attaché à la trame de l’histoire. Un personnage principal attachant Médée qu’on suit malgré tout avec curiosité et espoir pour sa renaissance. Malheureusement le dénouement vient avorter cette renaissance même en reprenant un schéma trop vu: la perte d’un homme n’est réparé que par l’apparition d’un nouvel homme dans la vie de Médée…
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Je n'ai pas l'habitude de lire ce style d'écriture, avec des accumulations sans fin. Mais ça donne une forme super poétique, où, comme Médée, on se perd entre le passé et le présent, le futur incertain. On se retrouve comme elle, suspendu dans le temps.
Suite ou première partie du diptyque de Yasmine Chami. J'avais adoré Dans sa chair, le point de vue de l'homme qui quitte sa femme. J'ai été un peu moins touchée par le point de vue féminin cette fois, que j'ai trouvé moins détaillé.