Ce livre, qui se présente comme un conte, premier de la trilogie « Shaman », partage avec nous l’initiation d’un jeune homme de trente-cinq ans, reconnu chamane par une vieille guérisseuse mongole, Otharjanat.
« L’orage est passé, mais le vent souffle encore sur la steppe illuminée par le retour du soleil. Un éclair a frappé. Tsenek sait ce que cela signifie. La désignation. La guérison. La charge aussi. Et parfois le fardeau. »
Il nous fait voyager dans des paysages naturels somptueux en Mongolie, mais aussi métaphoriquement. Le voyage est d’ailleurs souvent davantage intérieur que spatial.
« Moi, le Français de trente-cinq ans, un intercesseur qui s’ignorerait, un voyageur entre les mondes ? Cérémonies au tambour, rituels, transes, visions… tout s’est enchaîné malgré moi à mesure que mes croyances s’écroulaient, et que ces mondes intemporels s’ouvraient. »
Nous découvrons, fascinés, le monde chamanique, les traditions et la culture ancestrale d’une région de Mongolie, dans une plongée au plus profond de nous-mêmes, de ce que nous sommes, et dans le destin du protagoniste, qui en a la révélation foudroyante – au propre et au figuré –, et l’accepte.
« Cinq jours passent. Cette nuit, les ongods devront corroborer les dires de la guérisseuse. Même si les signes de ma désignation sont là, leurs voix sauront se faire entendre, ou leurs contours se manifester. Et alors seulement serai-je vraiment accepté.
La date du rituel a été choisie en regard du cycle de la lune, les préparatifs ont commencé. Offrandes, amulettes, protections et collier toli… chaque élément entre en jeu dans cette cérémonie qui pourra tourner court si l’au-delà ne le voit pas de cet œil. »
« On ne devient pas chaman, on naît chaman. »
Il n’a rien choisi, mais il est choisi et ne va pas refuser cette responsabilité, cette élection qui n’est pas qu’une faveur, au fil d’une évolution au cours de laquelle il devra déconstruire ses repères, se défaire de son moi égoïque et se dépouiller de ce qu’il était pour renaître dans un élargissement cosmique de tout son être, accédant à son statut d’intercesseur entre le monde visible et « le monde-autre », à ses talents de guérisseur, de voyant, de passeur d’âmes (et bien plus encore), se conformant à la demande de la tribu mongole qui l’a accueilli quinze ans plus tôt.
Bien que français, il est « l’avenir spirituel » de ce peuple, qui n’a pas oublié la force symbolique des animaux (cheval, serpent, loup, aigle…), des plantes, de la musique, et qui sait écouter la voix des ancêtres.
Cette « charge », dans tous les sens du terme, il va la recevoir pleinement, et un amour fou, sans limites, sera un élément capital de sa transformation. Dans un cas comme dans l’autre, il sera élu, et « agi » par des forces, une passion, qui le dépassent, mais qu’il accepte.
Toutes les questions qui se posent aujourd’hui à nous avec acuité, notre rapport à la Nature, détournée de ses buts, insuffisamment protégée et respectée, aux animaux inutilement sacrifiés, notre besoin de spiritualité [à l’écart des grandes religions qui trop souvent divisent au lieu de rassembler] pour essayer de déchiffrer un environnement devenu absurde, violent et incompréhensible, l’individualisme forcené et le culte des apparences, les comportements toxiques qu’on ne sait plus combattre, trouvent dans cet ouvrage lumineux des réponses essentielles et rassurantes. C’est d’ailleurs encore une fonction du chaman : rassurer, rééquilibrer, restaurer l’harmonie et la confiance, quelles que soient les épreuves.
En cela ce livre est beaucoup plus qu’un livre : c’est une leçon de vie, et l’occasion de nous connecter avec des zones de nous-mêmes encore ignorées. Une magnifique aventure.
« Tes forces sont à la fois si vastes et si proches de toi que tu peux en être le détenteur impuissant, obnubilé par une quête extérieure quand ta vraie connaissance, reflet de ta magie, demeure au fond de toi. »
Quel cadeau merveilleux ! Un récit puissant, touchant, symbolique, qui ne peut que nous faire réfléchir au sens de l’existence, aux choix que nous faisons, à notre avenir à tous !