Lors de sa douzième année standard, pendant la saison des Pluies Douces habarienne, Jalila quitte les hautes plaines de Tabuthal. Un voyage sans retour — le premier. Elle et ses trois mères s’installent à Al Janb, une ville côtière bien différente des terres hautes qui ont vu grandir la jeune fille. Jalila doute du bien-fondé de son déménagement. Ici, tout est étrange. Il y a d’abord ces vaisseaux, qui percent le ciel tels des missiles. Et puis ces créatures d’outre-monde inquiétantes, qu’on rencontre parfois dans les rues bondées. Et enfin, surtout, la plus étrange des choses étranges, cet homme croisé par le plus pur des hasards — oui, un... mâle. Une révélation qui ne signifie qu’une chose : Jalila va devoir grandir, et vite ; jusqu’à percer à jour le plus extraordinaire secret des Dix Mille et Un Mondes...
Ian R. MacLeod is the acclaimed writer of challenging and innovative speculative and fantastic fiction. His most recent novel, Wake Up and Dream, won the Sidewise Award for Alternate History, while his previous works have won the Arthur C. Clarke Award, the John W. Campbell Memorial Award, and the World Fantasy Award, and have been translated into many languages. His short story, “Snodgrass,” was developed for television in the United Kingdom as part of the Sky Arts series Playhouse Presents. MacLeod grew up in the West Midlands region of England, studied law, and spent time working and dreaming in the civil service before moving on to teaching and house-husbandry. He lives with his wife in the riverside town of Bewdley.
Le bélial’ continue de nous faire découvrir des courts récits inédits dans sa collection Une Heure Lumière, souvent en allant pêcher dans la source foisonnante des prestigieux prix anglophones qui, eux, pratiquent beaucoup plus le format que nous. Celui qui nous intéresse aujourd’hui balance ainsi son palmarès tout tranquillement : Poumon Vert est « finaliste des prix Hugo et Sturgeon 2003, nominé au prix Nebula 2004, a été élu meilleur court roman de l’année 2003 par les lecteurs de la revue américaine Isaac Asimov’s Science Fiction Magazine« .
Voilà, Poumon Vert arrive en roulant des mécaniques, surplombé d’un nom que je ne connais pas du tout, on commence à avoir l’habitude. Ian R. MacLeod nous propose ici un récit de 120 pages prenant place sur la planète Habara. On y fait la connaissance de Jalila, jeune adolescente qui descend de sa montagne en compagnie de ses trois mères pour aller vivre dans la ville d’Al Janb. C’est un nouveau départ pour la jeune fille qui va devoir s’habituer à vivre en société, découvrir le contact des autres à travers les relations de voisinage, les camarades, les amours et les tensions. On suit la femme en devenir qui grandit et s’épanouit, tout en explorant les mystères de son monde en notre compagnie.
Ce qui caractérise principalement cette histoire, c’est l’exotisme et le dépaysement. L’auteur nous emmène dans une ambiance moyen-orientale très agréable, parsemée de références aux mille et une nuits et aux cultures arabes en général. C’est fait subtilement, on a pas des gros clichés à la Aladdin non plus, j’ai vraiment apprécié ce parti pris qui change du truc classique à l’occidentale et qui est admirablement mis en place. Mais ce dépaysement passe par une autre caractéristique majeure du récit : La société décrite par MacLeod est quasi-exclusivement féminine. Al Janb est peuplé uniquement de femmes à deux exceptions près, et Jalila va voir un homme pour la première fois lors de son arrivée dans la cité. Tout est organisé par les femmes, elles gèrent leurs vies et font des enfants sans les hommes qui sont devenues des curiosités bizarroïdes et rares.
Tout ici tourne autour de la femme, jusqu’à la grammaire ! Contrairement à notre usage, c’est le féminin qui prime dans les accords et les conjugaisons. La première fois j’ai cru à une faute avant de percuter à quel point il est allé loin dans le délire, et du coup la traductrice a du bien se marrer à retranscrire la chose dans notre langue qui est bien plus complexe que l’anglais de ce point de vue… Du beau boulot en tous cas. Cette attention ajoute encore une couche intéressante au-dessus de ce texte et invite évidemment à la réflexion.
Tout ces éléments rassemblés forment un univers vraiment foisonnant, parfois un peu trop même. La novella regorge de plein de petits détails étranges et inconnus sur lesquels on s’attarde à peine, du fonctionnement de cet étrange poumon vert aux montures hybrides, de la reproduction de ces femmes autonomes aux fusées qui sont tirées à l’horizon. Ça peut être frustrant de survoler le world-building comme ça mais au final ça participe au « Sense of wonder », au sentiment d’exotisme et d’étrangeté, certains détails nous échappent mais on est quand même immergé, intrigué.
Au lieu de répondre à nos interrogations sur ce monde, Ian R. MacLeod se concentre sur Jalila, on suit sa découverte d’Al Janb, ses premiers amours, ses amitiés, ses doutes. C’est l’évolution d’une adolescente qui devient adulte, un « coming of age » SF touchant et crédible parce qu’on a vraiment l’impression de suivre une ado changeante, curieuse et rebelle. Son monde se transforme trop vite et elle se cherche dans tout ce foutoir. On croise plusieurs personnages secondaires particulièrement attachants et complexes, l’auteur évite les poncifs avec une grande maitrise de ce côté-là. Les réactions de tout ce petit monde sont crédibles sans être prévisibles.
Après un Ken Liu et un Greg Egan un peu « froids » pour moi, Poumon Vert ramène dans la collection Une Heure Lumière une touche d’humanité et de chaleur, des personnages attachants, une histoire touchante dans un monde dépaysant et original. Ça c’est de la SF comme je l’aime.
Cet opus de la collection Une heure lumière a été un coup de coeur pour ma part ! Le résumé et les critiques auguraient déjà une lecture des plus plaisantes mais lorsque je commençais à en parcourir les premières lignes, j’ai su que j’étais, indubitablement, ferrée.
Poumon vert raconte, avant tout, l’histoire de Jalila. Elle vit sur Habara, planète fascinante colonisée par une population humaine qui offre deux particularités : la première, c’est qu’il s’agit d’une population dont la culture est d’inspiration arabe et musulmane. La seconde, c’est qu’elle est entièrement féminine. Pas un homme à l’horizon – à deux exceptions près – et c’en est au point où le vocabulaire, la grammaire même de la langue dans laquelle s’exprime Jalila est féminisée. D’ailleurs, chapeau bas à la traductrice pour avoir su rendre cette prédominance du féminin dans le texte. Cela participe à l’immersion dans cette culture si particulière tout en prêtant à sourire – en tant que lectrice, j’avoue que ça m’a bien plu ! 🙂
La planète Habara, même si l’action se déroule quasi intégralement à Al Janb, une ville côtière, et ses environs, est des plus fascinantes. À l’instar de Dune, on plonge dans un texte où des termes n’ont d’abord pas d’explications particulières mais, au fur et à mesure que l’on progresse dans l’histoire, nous pouvons nous en construire une image mentale, plus ou moins précise. Au fil des mois, nous découvrons les différents visages des saisons de Habara ainsi que les activités des habitantes, liées à ces saisons. J’ai adoré découvrir, au fil d’une langue riche, ces paysages, cette faune, cette flore, bien qu’elle ne soit décrites qu’à petites touches, en arrière-plan.
Car le sujet principal de Poumon vert, c’est Jalila. Jalila qui se trouve dans une période charnière, au sortir de l’enfance mais pas encore adulte. Jalila qui va mûrir, au fil de son séjour à Al Janb et de ses amitiés, notamment avec Kalal, l’un des deux seuls représentants du sexe masculin sur Habara. Jalila, qui va apprendre à se découvrir et à lever, petit à petit, le voile sur son véritable désir pour l’avenir.
C’est un récit initiatique sur fond de planet opera, qui laisse aussi entrevoir, un peu, les Dix Milles et Un Mondes, ces autres mondes colonisés par l’humanité. Un récit initiatique qui m’a envoûtée, servi par un style impeccable, avec un personnage qui évolue sous nos yeux jusqu’à trouver puis s’engager sur la route qu’elle s’est choisie. Un personnage entouré de ses mères, de ses paires et d’un ami si étrange de par sa non-féminité.
Voilà une belle petite pépite, dont je ne saurai que trop vous recommander la lecture ! 🙂
Un très court roman (une novella pour reprendre le terme anglo-saxon) que ce Poumon vert.
Le texte est très empreint d'exotisme et m'a pas mal fait penser à du Jack Vance dans sa manière de poser son monde comme s'il "allait de soi" et de plonger son lecteur dedans sans préambules ni explications.
Nous voilà donc plongé dans un monde (qui est peut-être le nôtre, mais ce n'est pas sûr) devenu quasiment exclusivement féminin (plus de problèmes de genre !), auprès de Jalila, jeune fille de 12 ans qui est à un tournant de sa vie, à plus d'un titre. En compagnie de ses trois mères (mange ça Civitas !) elle a quitté sa montagne natale pour aller s'établir dans une ville côtière.
Découverte de nouvelles terres, de nouvelles cultures et espèces, et même de nouveau genre puisque la ville abrite deux hommes, sont donc au programme pour l'adolescente, qui va aussi découvrir l'amour et les premiers questionnements intimes de sa jeune vie.
Le récit est assez prenant, mais aussi bien mystérieux puisque Ian R. Mac Leod se refuse à trop en dire sur les mondes colonisées ou les voyages spatiaux pourtant omniprésents dans le récit. Vu qu'il s'agit avant tout d'un parcours initiatique, tout cela n'est pas bien gênant.
L'écriture très fine et très juste de MacLeod compense de toute façon amplement ce léger défaut. Le personnage de Jalila est touchant, tantôt naïf, tantôt agaçant bref, vivant. Au fil de ces quelques pages, son univers et sa vie vont changer plusieurs fois, jusqu'à ce qu'elle trouve enfin la place et le rôle qui lui reviennent.
Un beau texte sur le passage à l'âge adulte, presque un conte philosophique finalement.
abandon p 43 (tiers) J'arrive juste pas à accrocher, c'est des descriptions qui s'enchainent sans qu'il ne se passe rien, et la concordance des temps est bizarre...
Sa nostalgie s'expliquait certainement par la sensation de perdre son enfance. Il lui semblait se trouver sur un bateau [...] et regarder la terre s'éloigner. Une moitié de son être était heureuse de cette perte l'autre moitié la détestait. Une guerre se livrait en elle entre ces deux pulsions contradictoires...
Cette novella suit les changements majeurs qui prennent place dans la vie de Jalila aux alentours de sa douzième année standard. Elle quitte les hauts plateaux froids et désertiques où elle a grandit pour s'installer sur la côte, proche de la ville, avec ses mères. Ce changement géographique entraîne d'autres changements et elle devra apprendre à naviguer les eaux parfois tumultueuses des relations sociales, que ça soit en amour ou en amitié. Apprendre aussi à faire des choix impliquant son avenir. Comme Jalila nous sommes un peu débarqués dans un monde qu'on ne comprend pas et qui n'est pas toujours expliqué. Même si j'affectionne en général les world building complet, expliqués, cohérent, j'ai bien aimé cette sensation d'être de passage dans un monde dont on me montre certains aspects mais sans le comprendre entièrement (même sensation dans Les oiseaux du temps ). J'ai bien aimé le fait que ça soit un monde presque sans hommes. L'auteur à éviter, a mon sens, les maladresses les plus évidentes qui pourrait facilement découler de ce choix. Sans pour autant y arriver complètement : "Peut-être existait-il réellement dans l'union des deux sexes une sorte de symétrie que nous avons perdue, se dit Jalila". Je suis toujours incertaine quand au choix de l'auteur (blanc écossais) d'avoir construit un monde fortement inspiré par des traits culturels arabo-musulmans. D'un côté ça donne à voir une représentation autre que la culture européenne blanche et chrétienne hyper majoritaire dans la SF, d'un autre côté ça peut faire un peu utilisation d'une culture différente comme manière d'exotiser le récit.
Le travail de traduction par Michelle Charrier et comme d'habitude éblouissant.
Poumon Vert est un très court roman de science-fiction (127 pages) d’une richesse épatante! En effet, loin de se restreindre par le format, l’univers proposé par Ian R. MacLeod n’est ici qu’effleuré et pourtant complètement immersif. C’est tout un monde (enfin plutôt Mille et Un Mondes) qu’il nous invite à découvrir, avec ses codes, sa culture, son histoire et son fonctionnement. Et si parfois, il nous suggère des réponses à nos questions, il nous laisse aussi le soin d’y répondre par nous-mêmes via notre propre imaginaire. Je suis ainsi certaine que chaque lecteur aura créé son propre univers, sa propre interprétation et c’est tout simplement fabuleux! On pourrait penser que le format court impose une restriction à l’imaginaire mais ce n’est absolument pas le cas, Ian R. MacLeod ne faisant aucun compromis en créant son propre vocabulaire et une culture bien différente de la notre quitte à perdre au départ son lecteur. De fait, le récit induit de prime abord, une [...]
Pour lire la suite de cette critique, rendez-vous sur yuyine.be!
J'ai beaucoup aimé l'usage du féminin dans l'ecriture. Ca immergeait bien dans ce monde d'où sont absents les hommes (les mâles). Le livre n'est pas d'une approche facile pour un lecteur de sf debutant. Des thèmes importants sont abordés mais ils ne seront au centre de l'intrigue qu'un court moment vers les trois quarts du livre. Avant ça on est plutôt sur un slice of life exotique et futuriste. La culture arabe qui est utilisée et transformé ajoute un plus que je n'avais jamais vu dans d'autres récits de ce genre là. Quelques passages m'ont paru un peu en décalé en terme de comportement humain mais dans l'ensemble tres beau recit.
Malheureusement j'ai trouvé cette nouvelle lecture de chez Une heure-lumière du Bélial' assez fade et sans intérêt. Aucun personnage ne m'a paru vivant ou construit. Et bien sûr, bien que l'auteur ait créé un monde (et même une conjugaison) quasi exclusivement féminin, c'est bien le quasi qui me gêne ici. Car oui, il y a un homme ! Miracle ! Et l'héroïne tombe amoureuse de lui. Quel bienheureux hasard. Je le sentais venir à des kilomètres et je n'aime pas me sentir bernée par des romans ou nouvelles de ce genre, qui prennent le féminisme comme un prétexte à encore plus d'hétérocentrisme.
This entire review has been hidden because of spoilers.