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La chute de Babylone

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Ils sont l’intelligentsia du Québec. Ils partagent leur temps entre le bronzage, le magasinage des soldes, les liftings et le casino dans une Floride de pacotille où le diable rôde. Parmi eux, une adolescente nihiliste, un moine défroqué, un perroquet et un petit bourgeois drogué fomentent une révolte.

Pour son premier roman, le cinéaste Guillaume Sylvestre signe une satire décapante de l’Occident à travers le portrait de snowbirds passant l’hiver à Fort Lauderdale. Un regard hallucinatoire sur la déchéance morale d’un monde aux relents de décadence antique.


Extrait:
Louise s’était emportée contre Marc qui tardait à écrire son « crisse de scénario » pour enfin « tourner un hostie de film » qui lui permettrait d’acheter un condominium aux étages supérieurs du Babylon Cove. Son sang appartenait à la noblesse des hauts étages dont elle était déchue par la fainéantise de son mari. Pour apaiser sa colère, elle avait passé sa journée au Temple des Soldes jusqu’à la fermeture tardive des outlets en ces jours de fête. Elle laissa tomber son butin sur la table de la cuisine en soufflant, et extirpa les robes et les talons hauts en faisant rageusement craquer les sacs. Absorbée par les montants économisés qu’elle récitait en retournant les étiquettes barrées de rouge tel un musulman sa misbaha, elle ne vit pas Rose qui entra subrepticement. Marc, avachi dans le divan à motif de lamantins, posa un œil suspicieux sur les articles en solde, puis sur le visage obnubilé de sa femme qui lui parut totalement étranger. Il retourna aux Lettres à Lucilius en se couvrant le visage du livre pour se protéger de l’intuition de tant d’années perdues, et lut à haute voix une assertion qu’il trouva d’une justesse sans égale en ce soir du 28 décembre : « L’Homme libre est celui non pas qui laisse peu de prise à la Fortune, mais qui n’en laisse aucune ». Ces mots rendirent Louise folle. Tout en regrettant de ne pas avoir marié un cinéaste américain, elle aperçut Rose qui louvoyait vers la salle de bain et lui enserra l’épaule.

—As-tu vu l’heure ?

Voyant son air hagard, elle lui écrasa les muscles des mâchoires de son autre main, approcha son nez de la bouche et renifla comme une chienne.

—T’as bu?

Rose frappa sèchement l’avant-bras pour se libérer. Louise se retourna vers Marc et hurla :

—Tu la laisses me frapper!

Marc écarta le livre et assomma sa femme d’un regard de poisson mort. Louise saisit la tasse ornée d’une tête d’Oncle Sam dans laquelle elle avait bu un thé du Labrador acheté dans une boutique de Westmount, où l’on servait aussi des plats sans gluten à des chiens, et la projeta au pied de son mari. Marc posa un regard philosophe sur les éclats de porcelaines qui s’entrechoquèrent. Absorbé par cette image qui lui rappelait le clinamen de Lucrèce, il ne porta aucune attention à sa femme qui semblait vouloir se crever les yeux. Il regarda l’heure sur la Rolex qu’elle lui avait offerte pour son soixantième dixième anniversaire, déposa son livre, puis ouvrit la télévision et monta le volume pour écouter les résultats du golf et couvrir les braillements de sa femme. Louise s’enfuit en claquant la porte. Un quart de bois céda au bas du chambranle. Rose s’assit à côté de son père. Ils regardèrent les plus beaux coups de la journée d’un tournoi de la PGA au Palm Beach Garden Club.

—Pourquoi tu restes avec maman si tu ne l’aimes pas?, lui demanda-t-elle après avoir admiré un triple bogey et un birdie.

Marc se frotta les yeux.

—Est-ce que tu l’as déjà aimée ?

—Oui, répondit-il, incertain.

Rose posa sa tête sur l’épaule de son père. L’odeur fleurie de sa fille et ses cheveux de soie qui caressaient son visage usé lui procurèrent un instant de bonheur inespéré. Il rêva d’un pacte avec Méphisto pour sacrifier le genre humain et vivre ce moment pour l’éternité. Il voulut lui parler d’espoir, de liberté et d’amour, mais bâilla et s’endormit contre elle en espérant ne jamais se réveiller.

288 pages, Paperback

Published October 19, 2022

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About the author

Guillaume Sylvestre

1 book1 follower

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Community Reviews

5 stars
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23 (27%)
1 star
5 (5%)
Displaying 1 - 12 of 12 reviews
Profile Image for Pierre-Alexandre Buisson.
255 reviews152 followers
June 29, 2023
Un exercice très intéressant, à mi-chemin entre la tragédie grecque et la parabole biblique. Ne vous attendez pas trop à y trouver une certaine nuance, le trait de crayon est ici gras et baveux.

Tragédie amère et grinçante d’une bande de snowbirds qui passent les fêtes dans un complexe de condos de Fort Lauderdale. La caricature va un peu loin mais on s’amuse ferme, et le sens de l’observation de Guillaume Sylvestre est si juste que ça fait presque mal. Le milieu culturel québécois d'une certaine époque y est violemment écorché, sans nommer de noms, mais via divers archétypes malheureusement presque réels.

On se laisse embarquer avec un enthousiasme non contenu dans ce grand délire, et j'ai dévoré le livre en moins de 48 heures.
Profile Image for Sophie.
Author 4 books83 followers
December 29, 2022
Excellent portrait satyrique d’un groupe de québécois dans un immeuble à condos du sud de la Floride.
Profile Image for Kim Raymond.
172 reviews37 followers
July 4, 2023
Ouf. J'aurais vraiment aimé aimer ce livre, qui m'avait été recommandé par mon tendre époux afin de nourrir mon amour des romans à clé. Évidemment, il ne l'avait pas lu, et la recommandation tenait du seul fait que j'adoooore les livres où on finit par découvrir, à force de recoupements et d'indices, une histoire vraie derrière une histoire fausse.

Or, dans le cas de La chute de Babylone, le jeu d'enquête m'a pris environ 8 minutes. J'ai googlé mon premier "guess" suivi de "Floride" et je suis tombée sur un site qui s'appelle Blockshopper qui recense tous les petits resorts de condos en Floride et les propriétaires actuels des différentes unités, et j'ai assez rapidement fait le tour de qui est qui dans le jeu de Guillaume Sylvestre (lui-même apparaissant au nombre des personnages fortement inspirés de personnes réelles). N'ayant plus ce nanane pour m'inciter à poursuivre ma lecture, j'ai dû m'en remettre 100% au récit pour me divertir, et force m'est d'admettre qu'il n'y avait pas grand chose de divertissant dans ce que j'ai lu.

On est dans la satire au sens le plus pur du terme, c'est-à-dire la critique des moeurs contemporaines, mais le trait est lourd et appuyé. Guillaume Sylvestre critique la surconsommation et la vacuité de l'existence des nantis, mais il le fait dans la position de celui qui a probablement bénéficié plus qu'à son tour des accès privilégiés de cette coterie. Les motivations des personnages ne sont pas toujours claires, et la trame du récit est plutôt confuse. Certains aspects semblent avoir été ajoutés exclusivement pour le shock value (tw: allusion à un viol collectif qui semble n'avoir aucun impact sur le personnage qui en est victime; c'est vraiment malaisant). Globalement, l'exercice ne m'a pas convaincue, ce qui est dommage, puisque le matériel était intéressant.
155 reviews4 followers
August 24, 2023
Beaucoup de bons éléments, des bonnes idées, des passages originaux, mais ce roman manque de clarté. Tout d'abord, le nombre de personnages, ayant pour la plupart peu de profondeur, nous étourdit par moments. D'ailleurs, cela prend une bonne centaine de pages avant de ressentir certaines émotions face à certains d'entre-eux et leur quête.

Je n'ai pas compris pourquoi on insiste sur l'identité québécoise des personnages, cela prend beaucoup de place en début de récit et cette facette de l'histoire n'est pas particulièrement exploitée en fin de propos.

Pour terminer sur un point positif, la deuxième moitié du roman est plus captivante et la fin est créative et réussie selon moi.
Profile Image for Libris Addictus.
417 reviews19 followers
March 22, 2023
Un roman satirique aux relents bibliques dans lequel l'élite culturelle du Québec est décrite comme un ramassis de has been ayant vendu leur âme pour un condo en Floride. Le portrait n'est pas flatteur, en particulier pour les femmes. Il est question d'absence de repères, de perte d'identité culturelle et d'absence de Dieu, le tout agrémenté de références mythologiques et philosophiques.

Les personnages sont caricaturaux, et la plupart sont trop déplaisants pour être attachants. J'ai eu un peu de mal à m'intéresser à leurs histoires au début, mais heureusement, ça devient plus intéressant au fil des pages. La catastrophe annoncée par le titre finit par se produire, et tout se termine dans une apocalypse cathartique assez réjouissante! Le ton est d'un cynisme très assumé. Je crois que j'aurais aimé que ce soit plus drôle. Quoi qu'il en soit, la critique sociale reste pertinente, et la finale épique vaut le détour!

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Profile Image for François St-Jacques.
16 reviews
April 4, 2023
3

On nous présente, au début du livre, une panoplie de personnages qui finalement ne participent que très peu à l’intrigue.

L’emploie de la métaphore est également abusé par moment.

La finale est décevante, inachevée.

J’ai tout de même apprécié le livre, l’auteur sait garder le lecteur en haleine.

Un premier roman qui laisse présager un potentiel intéressant pour cet auteur.
450 reviews
October 27, 2024
L’histoire se déroule à Fort Lauderdale, dans les condos du Babylone Cove achetés à rabais par des snowbirds québécois. Issus des médias, de la politique ou de la chirurgie plastique, les personnages occupent huit des appartements de l’immeuble, refusent d’assumer leur âge. Se côtoyant régulièrement, ils se comparent, s’envient, se vautrent dans les paradis artificiels et se réfugient dans les apparences. La plupart masque leur désabusement pour vivre dans une superficialité qui guide leur désir et leur agir. La consommation et la course aux soldes dictent la façon d’enfouir le mal de vivre. Le rêve ultime : être invité aux célébrations du nouvel an chez le québécois le plus riche de la place. Parmi eux, il y a toutefois un trio qui voit clair. L’un de ceux-ci décide de passer à l’action. Qu’arrivera-t-il alors ?

Pour la qualité de l’écriture, le vocabulaire recherché (exemples : sialophagie, anachorète, jactance, bréviligne), et l’érudition, je donne un 4/5. La vie de ces personnages est résolument déprimante tellement que dans les circonstances, c’est une réussite, car l’auteur réussit à dépeindre avec ironie et acuité la superficialité, l’instrumentalisation de l’autre, le refuge dans l’illusoire, bref, la non-quête existentielle d’une série de gens qui passent à côté des vraies affaires. Savoureuse satire de ces gens sans empathie, sans bonté, sans scrupules qui sont prêts à tout pour sauver les apparences.

Citations

« Il méditait un passage des Lettres à Lucilius qu’il relisait en se disant que Sénèque n’avait jamais été si juste qu’en cette époque : « … si tu veux bien voir les choses, la plus grande partie de la vie se passe à mal faire, une grande part à ne rien faire et la totalité de la vie, à faire autre chose que ce qu’il faudrait. » p. 11

« … le mot « amour » dans la bouche d’un homme n’était qu’un leurre pour jouir. » p. 27

Dans Lettres à Lucilius : « L’Homme libre est celui non pas qui laisse peu de prise à la Fortune, mais qui n’en laisse aucune. » p. 148
Profile Image for David Chabot.
412 reviews12 followers
March 22, 2023
J'ai lu ce livre suite à une chaude recommandation du premier ministre Legault sur les réseaux sociaux et honnêtement, ce n'était pas terrible. Plusieurs éléments du livres représentent ce qui, à mes yeux, va mal avec la littérature québécoise moderne!

Premièrement, je suis le premier à applaudir l'utilisation d'un vocabulaire plus recherché et d'une profondeur culturelle. Par contre, je décroche quand, visiblement, l'auteur se force pour monter des phrases avec des synonymes obscurs et peu utiles dans le contexte. Ça alourdit le texte inutilement et n'ajoute pas grand chose. Le ''sémantique dropping'', bleh.

Deuxièmement, l'histoire est plutôt banale et convenue. On comprend dès les premières pages que la conclusion sera une critique du capitalisme vide de sens dans un contexte de surconsommation. La thématique est plus ou moins bien exploitée, on a manqué une belle occasion de maximiser la prémisse.

Enfin, une conclusion bâclée après un long build up moyennement intéressant me fait toujours regretter d'avoir investit des heures dans la lecture d'un ouvrage. Dans ce cas-ci, la fin est bizarre, mais pas bizarre le fun. Bizarre dans le sens qu'on utilise très peu le contexte bâtit sur 200 pages et qu'on accélère vers une dernière page finalement plutôt banale. On dirait un travail étudiant remit à 23h59 et dont on a manqué de temps pour raffiner les dernières pages!

Bref, quand on lit de la littérature ''relève'' québécoise, on peut s'attendre à un peu de tout. J'imagine que ce bout là du ''tout'' est à éviter!
Profile Image for Catherine.
29 reviews4 followers
October 25, 2023
Je ne le finirai pas. Ce livre m'a fait sentir comme la dernière des connes. L'écriture est lourde, bourrée de descriptions superflues qui utilisent un vocabulaire exagéré à mon avis. Les phrases sont souvent trop longues, parfois bizarrement construites pour être capable d'y insérer un maximum d'adjectifs. On se calme le thésaurus s'il vous plait. J'ai lu seulement 77 pages et par moment j'avais de la difficulté à suivre l'action parce que j'accrochais sur des mots dont j'aurais dû chercher la définition dans un dictionnaire - et pourtant il ne se passe pas grand chose. Je ne lis pas pour m'arrêter à chaque paragraphe et faire une recherche sur google. Je suis une fille intelligente et éduquée mais apparemment trop conne pour saisir les images que l'auteur voulait
nous présenter.
Profile Image for ✨ Justine ✨.
41 reviews4 followers
August 6, 2023
J’ai bien aimé les nombreux clins d’œil à la mythologie grecque ! C’est un bon roman à lire au second degré !
Profile Image for Jennifer.
400 reviews70 followers
June 18, 2023
Prétentieux, échevelé mais tout de même divertissant.
Displaying 1 - 12 of 12 reviews

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