L’histoire se déroule à Fort Lauderdale, dans les condos du Babylone Cove achetés à rabais par des snowbirds québécois. Issus des médias, de la politique ou de la chirurgie plastique, les personnages occupent huit des appartements de l’immeuble, refusent d’assumer leur âge. Se côtoyant régulièrement, ils se comparent, s’envient, se vautrent dans les paradis artificiels et se réfugient dans les apparences. La plupart masque leur désabusement pour vivre dans une superficialité qui guide leur désir et leur agir. La consommation et la course aux soldes dictent la façon d’enfouir le mal de vivre. Le rêve ultime : être invité aux célébrations du nouvel an chez le québécois le plus riche de la place. Parmi eux, il y a toutefois un trio qui voit clair. L’un de ceux-ci décide de passer à l’action. Qu’arrivera-t-il alors ?
Pour la qualité de l’écriture, le vocabulaire recherché (exemples : sialophagie, anachorète, jactance, bréviligne), et l’érudition, je donne un 4/5. La vie de ces personnages est résolument déprimante tellement que dans les circonstances, c’est une réussite, car l’auteur réussit à dépeindre avec ironie et acuité la superficialité, l’instrumentalisation de l’autre, le refuge dans l’illusoire, bref, la non-quête existentielle d’une série de gens qui passent à côté des vraies affaires. Savoureuse satire de ces gens sans empathie, sans bonté, sans scrupules qui sont prêts à tout pour sauver les apparences.
Citations
« Il méditait un passage des Lettres à Lucilius qu’il relisait en se disant que Sénèque n’avait jamais été si juste qu’en cette époque : « … si tu veux bien voir les choses, la plus grande partie de la vie se passe à mal faire, une grande part à ne rien faire et la totalité de la vie, à faire autre chose que ce qu’il faudrait. » p. 11
« … le mot « amour » dans la bouche d’un homme n’était qu’un leurre pour jouir. » p. 27
Dans Lettres à Lucilius : « L’Homme libre est celui non pas qui laisse peu de prise à la Fortune, mais qui n’en laisse aucune. » p. 148