Dam of the Forest est un manga à la fois poétique, mystérieux et profondément touchant. Dès les premières pages, on sent qu’on entre dans un monde suspendu entre rêve et douleur, un monde où la nature, les émotions et le poids du regard des autres se mêlent intimement. Ce premier tome nous plonge dans l’histoire de Dam, un jeune garçon à l’apparence fragile, porteur d’un don aussi merveilleux que terrifiant : faire pousser les plantes rien qu’en les touchant. Un pouvoir qui, au lieu de l’élever, va l’isoler. Ici on pose les bases d’un récit initiatique puissant, où l’on sent déjà les promesses d’une belle évolution.
Ce qui frappe d’abord dans Dam of the Forest, c’est l’atmosphère. La nature est omniprésente, vivante, presque oppressante par moments. Dam, avec son étrange pouvoir, semble faire corps avec elle. Mais ce lien, qui pourrait être une force, devient vite source de peur pour les autres. Les gens ne comprennent pas, ils s’éloignent, ils rejettent. C’est ce rejet, cette exclusion sociale, qui est au cœur de l’histoire. Le manga ne tombe jamais dans le pathos, mais explore avec justesse ce que cela fait d’être « trop » différent, d’avoir quelque chose qu’on n’a pas demandé, qui fait peur aux autres et qu’on ne contrôle pas. Dam est un personnage très particulier. Il est figé dans le temps, il ne grandit pas, ne change pas physiquement. Cela renforce encore plus son côté « à part ». Pourtant, à travers ses gestes, ses silences, ses tentatives de comprendre ce qui lui arrive, on sent qu’il évolue intérieurement. Il commence à chercher du sens, à affronter ce qu’il a longtemps fui. Son isolement dans la forêt n’est pas une fuite lâche, mais une sorte de cocon, un passage nécessaire. Comme une mue.
Le thème de la nature est magnifiquement traité. Pas simplement comme un décor, mais comme une entité vivante, sauvage, presque mystique. La forêt devient un personnage à part entière, un lieu de refuge mais aussi de vérité. On sent que quelque chose de plus grand se cache derrière la simple trame. Il est question de malédiction, de secrets enfouis, de monde à deux visages. L’auteur aborde aussi en filigrane des sujets comme le deuil, la différence, la peur de soi, l’enfance figée dans la douleur. Rien n’est appuyé de façon lourde, tout passe par les ambiances, les regards, les silences. On est dans un récit qui se vit plus qu’il ne se lit. Le dessin, délicat et expressif, accompagne parfaitement cette ambiance douce-amère. Les pleines pages sont superbes, la végétation foisonne, les émotions passent même sans paroles. Il y a une vraie sensibilité dans le trait, une poésie visuelle qui enveloppe l’histoire.
Ce premier tome de Dam of the Forest est une vraie réussite. Il prend le temps d’installer son univers, ses mystères, ses douleurs silencieuses. On ressort de la lecture un peu bouleversé, comme après une promenade dans une forêt étrange où tout semble à la fois familier et inconnu. Le thème « faire face pour mieux grandir » résonne profondément, car Dam, en acceptant sa différence et en affrontant sa solitude, commence doucement à se reconstruire. C’est une histoire sensible, à la croisée du conte, du drame et de la fable écologique. Un manga qui parlera à ceux qui aiment les récits introspectifs, les atmosphères contemplatives et les personnages blessés en quête de lumière.