C'était le bon temps. Quand la France contemporaine nous accable, il suffit, pour aller mieux, de se ramentevoir celle des années 1970, rythmées par les films de Sautet, les chansons de Dalida, Nino Ferrer, Alain Bashung. Sous le signe - très masculin - de Pompidou, Giscard, Mitterrand, Barre, Rocard, Sartre et Mao, elles furent à la fois insouciantes, bourgeoises et révolutionnaires.Pour écrire cette trilogie, j'ai épluché plus de cinquante ans d'archives personnelles. Ce qui m'a permis de confronter mes regards d'hier et d'aujourd'hui, ceux des acteurs de l'époque aussi, avec mes souvenirs les plus personnels comme avec les grands évènements historiques, dans un mouvement de va-et-vient permanent. Très vite, je me suis rendu compte que ce travail permettrait d'éclairer la question qui nous étreint tous, plus ou moins : que nous est-il arrivé ?Pendant la décennie 1970, sujet de ce deuxième tome, la France a continué de progresser, dans la foulée du "Sursaut" gaullien que je vous ai raconté dans le précédent volume. Portée par une croissance économique incroyable, c'est la Belle Époque de la Vᵉ. Mais après avoir été frappée par deux chocs pétroliers très violents, elle a peiné à relever les défis qui se posaient : l'urgence écologique, le début de la désindustrialisation et du chômage, l'immigration, la perte de l'autorité, des repères... Tous les germes étaient à l'oeuvre, à bas bruit, au cours de ces années-là, peut-être moins radieuses qu'elles ne le semblent aujourd'hui, la nostalgie aidant.
Mieux écrit et plus pertinent, ce deuxième tome est un plaisir à parcourir, faisant vivre sous les yeux des lecteurs les personnalités qui ont hérité de la cinquième République avec une intimité plaisante et saisissante.
Deuxième tome tout aussi réussi que le premier, un récit d’une grande richesse grâce à l’accès unique que l’auteur a au monde politico-médiatique, ses portraits complets des grandes figures politiques de VGE à Mitterrand, et bien sûr son vocabulaire. De celui-ci, trois passages qui m’ont particulièrement marqués :
1. Giesbert absolve, du moins partiellement, VGE et Chirac de leur responsabilité dans l’institution du regroupement familial, commencée dès les années 20 lorsque les travailleurs étrangers régularisés ont acquis le droit de faire venir leur famille sous conditions, puis à travers une circulaire sous Blum en 1947 qui exigeait entre autres « que l’immigré dispose en ce cas d’un logement familial, afin d’éviter la création de taudis urbains et ruraux. » VGE cherchait à limiter les flux et Chirac à multiplier les dispositifs favorisant l’intégration. Le vrai responsable c’est le Conseil d’Etat : après un premier décret signé par Chirac en 1976 qui modifiait le regroupement familial pour le rendre plus restrictif mais en conformité avec le droit européen, le deuxième décret de Raymond Barre, le successeur de Chirac à Matignon, restreint les conditions encore plus étroitement. C’est ce décret du 10 novembre 1977 que le Conseil d’Etat refusera : « en érigeant le regroupement familial, matrice de l’immigration, en principe intangible du droit français sans vraiment étayer sa décision, il a confisquer au politique, donc à la souveraineté ou à la représentation populaires, le dossier de l’immigration. »
2. Ernest Renan, historien du 19eme qui demande « qu’est ce qu’une nation ? ». Toute société a un besoin de transcendance et s’appuie sur deux choses : la possession en commun d’une riche legs de souvenir et le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de faire vivre l’héritage qu’on a reçu indivis. Naturellement fidèle au culte des ancêtres, une nation est une grande solidarité, constituée par les sacrifices qu’on a faits et de ceux qu’on est disposé à faire encore. Elle suppose un passé ; elle se résume pourtant dans le présent par un fait tangible : le consentement, le désir clairement exprimé de continuer la vie commune.
3. Ce qui fit que Giesbert cesse d’être socialiste : déjà que ses dirigeants n’étaient issus quasiment que des cols blancs (e.g. de son maire d’Elbeuf René Youinou qui fut remplacé par Laurent Fabius) et plus tard des bobos qui « l’empêcha de saisir l’impact social de la grande dégringolade manufacturière », ouvrant le bal au RN. Le PS abandonnera ensuite « toutes les valeurs que leur parti avait porté depuis près d’un siècle : la République, le travail, l’assimilation. Ils s’adresseront de plus en plus aux communautés et de moins en moins à la nation. » Même Pierre Mauroy, premier ministre de Mitterrand, traite le projet socialiste avec lequel il est elu au pouvoir en 81 « un festival d’âneries, de débilités. Avec la promesse de cinquante mille embauches de fonctionnaires la première année, on touche le fond ». C’est l’ironie du sort que ça reviendra à lui d’appliquer les 110 propositions lorsqu’il sera nommé PM.
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Excellent livre d'histoire, qui se lit comme un roman, très vivant et bourré d'anecdotes et de témoignages touchants. Le titre exprime parfaitement et le contenu et la forme : la proximité étonnante que FOG a entretenue avec les personnages décrits - Pompidou, Giscard, Mitterrand, Mauroy et tant d'autres - lui permet de nous les présenter de façon humaine, en entrant dans leur intimité et leur personnalité, tout en décortiquant les logiques politiques et historiques à l'œuvre (par exemple, p. 312, un paragraphe éclairant l'évolution du PS et son lien avec la désindustrialisation de la France). La découverte pour moi la plus décapante a été à propos de Pierre Mauroy. L'auteur lui semble très attaché, et ce qu'il en dit a provoqué une inversion de la perception que j'en avais. Au lieu de l'image d'archéologique-socialiste qu'a laissée le premier gouvernement socialiste (1981-82), on découvre un homme politique d'une haute vertu morale, responsable jusqu'au sacrifice de sa personne. Parallèlement à la "grande" Histoire, l'auteur glisse quelques confessions plus personnelles qui agrémentent le récit et le rendent encore plus poignant. Vraiment une grande réussite, entièrement fondée sur le talent et la position exceptionnelle de Franz-Olivier Giesbert dans le paysage politico-médiatique. En plus, le lecteur jouit d'un festival de mots rares et d'expressions croustillantes !
beaucoup de situations concernant : la politique, les journaux, les parties politiques, les événements tout au long de son expérience professionnel mais pour moi trop de faits dans un océan de date, de critiques, de situation amicale ou non je m y perd mais j ai appris plein d'événements intéressants qui permettent de comprendre mieux des situations d 1ujourd hui
Se lit comme un roman. FOG avait un accès incroyable aux leaders de cette époque. Toutes ses tirades ne sont pas bienvenues mais les anecdotes historiques valent à elle seule la lecture.
Tome 2 des souvenirs de FOG qui couvre les années Pompidou et Giscard jusqu’au 10 mai 81. Évocation mélancolique et drôle de cette époque dans laquelle les gens de mon âge ont tant de souvenirs.
Cette fois on couvre les mandats de Pompidou et Giscard. Mieux que le précédent, plus d’humour et plus de vacheries car FOG a eu plus d’échanges avec les protagonistes. Je ne me rendais pas compte que Giscard avait fait tant de choses et Pompidou aussi peu.